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Vamos pro mundo

Vamos pro mundo

Nous abordons Rio, côté cœur, de l’autre côté de la baie, à Niteroi. C’est là que nous reçoivent Mariana et Daniel. Encore un des hasards de cette chaîne d’amitié qui a commencé depuis notre départ de Colombes. S’il n’y avait pas eu Lucas, le copain de Miles, il n’y aurait pas eu Alice, sa cousine journaliste à Buenos Aires. Ni Daniela, la directrice de l’école de musique Musineira . C’est elle qui parlé de nous à son amie Mariana, qui, spontanément, nous a proposé de venir passer quelques jours chez elle.
C’est une artiste, au sens plein du terme. Chanteuse . Peintre. Pédagogue. Elle possède la grâce des êtres naturellement doués et la spontanéité de l’adulte qui n’a jamais abandonné sa part d’enfance. Comme Daniel, son mari uruguayen et saxophoniste. Ils sont venus il y a un peu plus de six ans, quelques jours à peine avant la naissance de Miles, s’installer à Rio. Un rêve qu’ils partageaient tous les deux, avant même de se rencontrer. Sans rien d’autre dans les poches que leur envie de le vivre.

Leur Rio est foisonnant, à leur image. Lumineux, généreux et créatif. Ils ont à cœur de nous le montrer. Sur la plage de Mariana, celle où elle se baigne tous les jours. Les pêcheurs lancent leurs lignes, les enfants se jettent dans les vagues, tandis que les oiseaux tournent autour des restes de la pêche. De l’autre côté de la baie, le Christ veille sur les collines. Un dimanche chez Mariana est doux comme ces scènes si loin de l’agitation de la mégalopole. Doux comme la mélodie a capela de son quartet vocal qui se mêle au bruit du ressac dans la lumière finissante du jour.

 


Le Rio de Mariana, c’est aussi la communion autour de la samba des travailleurs (Samba do trabalhador) . Nous sommes lundi soir. Les musiciens sont attablés autour de leurs instruments et jouent pour tous ceux, qui, à l’origine, ne pouvaient participer aux sambas du week-end parce qu’ils devaient travailler. Tous, jeunes, personnes âgées, entonnent dans les refrains de Moacyr Luz, gourou de la samba. La ferveur nous a attrapés également, et nous dansons au rythme des pandeiros, tandis que Miles joue au foot avec les enfants.

Le Rio de Mariana, c’est la traversée par le dernier bateau de la baie vers Niteroi. Nous sommes assis sur le pont, côté proue, et regardons la lune apparaître au-dessus des nuages.
Miles est en admiration, tout est source de jeux avec Mariana et Daniel. Une chanson. Un château de sable. Le monstre Marios. Mariana reproduit à l’identique les dessins des enfants pour en faire des doudous. Marios est vert et possède sept pouvoirs magiques. Comme celui d’avoir les jambes qui peuvent aller jusqu’à la lune.

Le Rio de Mariana, c’est aussi Beth et son projet To LigadoMariana a été enseignante pendant deux ans. En haut de la colline de Santa Teresa, une vingtaine d’enfants viennent trois après-midis par semaine. Auprès de Beth et des enseignants, ils font leurs devoirs, apprennent l’anglais, pratiquent le sport et jouent des percussions. Tous vivent dans la favela voisine. Leurs histoires sont difficiles, on le remarque à de brusques accès de colère, une tristesse dans le regard de certains qui ne s’efface pas. La situation en ce moment est très tendue, nous explique Beth. Un policier a été tué la veille à quelques centaines de mètres de là par les narcotrafiquants. Dès que la nuit tombe, vers cinq heures et demie, elle les renvoie chez eux. S’ils tardent trop, ils sont en danger.

Nous ne resterons que deux jours avec eux, le temps d’adapter la samba du perroquet et de chanter ‘Don’t worry, be happy’. Comme à Fortaleza, comme à Bahia Formosa, nous retrouvons les mêmes enfants, dotés d’une énergie vitale phénoménale, donnant éperdument leur affection et recherchant tout autant celle des adultes. Miles joue comme un fou au foot avec eux, puis échange ses vignettes de joueurs de foot. Et, comme Cendrillon, nous rentrons dès que la nuit tombe. L’insécurité, l’exaspération face à une police corrompue et des politiques complètement coupées des véritables besoins de la population. Le tout renforcé par l’arrivée de la coupe du monde et le besoin, pour les pouvoirs publics, d’étouffer la colère qui gronde.

La colère, on ne l’entend pas vraiment, depuis le Christ ou le pain de sucre qui offrent des vues fantastiques sur la baie de Rio. Dans la nuit tombante, les favelas sont de petites lumières scintillantes.
C’est tout le paradoxe du Brésil. Sa beauté et puis, derrière, sa réalité, complexe, violente. L’exaspération, justifiée, des Brésiliens, et en même temps leur force positive et leur amour sans faille de leur pays.
Nous quittons à regret Rio, avec le sentiment de n’avoir vu qu’une infime partie de ce pays et d’avoir vécu un voyage à part, au milieu du voyage. Avec la conviction que nous y reviendrons.

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