News

Te amo pra sempre

Au fil de la côte, nous nous enfonçons dans notre séjour brésilien. Olinda, la belle, dressée au-dessus de la mer, à quelques kilomètres de Recife dont on aperçoit les tours se hisser au loin, dans la lumière finissante du jour. Les derniers rayons de soleil viennent lécher les façades colorées des maisons, les frontons décrépis des églises. La splendeur est écaillée et se dévoile au fil des galeries d’artistes, ou des associations de carnaval qui font la réputation de la ville dont les rues étroites se chargent une fois par an. Pour nous, elles sont vides et révèlent un charme qui nous rappelle celui de Valparaiso.

Porto de Galinhas, ensuite, station balnéaire courue. La plage ouvre sur une immense baie, il faut s’éloigner un peu pour éviter le harcèlement des plagistes qui veulent vous installer à l’ombre de leurs parasols et pour trouver son carré de sable. Les vagues sont fortes, mais toujours chaudes, Miles passe de longs moments à sauter dedans. Quand la marée descend, de petites embarcations emmènent les touristes jusqu’à des bassins naturels, peu profonds, à quelques centaines de mètres du large. Là, on peut nager parmi les poissons, rabattus à coups de graines. La sensation dans l’eau est assez particulière, Miles préfère regarder depuis le bateau. Le soir, les touristes brésiliens déambulent parmi les boutiques et restaurants. Nous savourons parmi eux notre exotisme. Effet d’avant coupe du monde, sans doute. Il n’y a presqu’aucun touriste européen au Brésil.

Salvador, enfin, où nous posons nos valises dans la pousada haute en couleurs, tenue par Nathalie et Stéphanie qui y vivent depuis sept ans avec leurs enfants. Trois chiens, des perruches, et une bibliothèque que Miles épluche consciencieusement. La mer est à deux pas, balayée par un vent fort et des nuages menaçants qui se déchargent en de violentes averses. Tout le long du front de mer, des dizaines d’ouvriers s’activent pour paver la promenade qui relie la mer au centre-ville. Ils travaillent sûrement de nuit, si on en croit les containers installés un peu plus loin en une sorte de village provisoire.

Notre programme de visites, notamment du centre historique, souffre du temps pluvieux. Mais nous suivons quand même la foule du mardi soir dans les ruelles bordées de maisons coloniales. Nous nous arrêtons devant une batucada 100% féminine dont les rythmes endiablent les corps dansants du public amassé dans la rue. Nous goûtons des accras dans une échoppe. Un avant-goût d’Afrique, présente sur les visages, moins métissés qu’ailleurs. Aussi dans la survivance de croyances ancestrales.

Salvador, ville complexe, à l’image du Brésil, dans l’enchevêtrement de ses identités et de ses contradictions.
Elles nous apparaissent criantes alors que nous montons en voiture avec Betho, un musicien bahianais. Souhaitons-nous enregistrer sur la plage, pour coller à l’image idyllique du pays ou bien le suivre dans la favela où il vit ? Pour montrer le vrai visage de Salvador. Nous optons pour la seconde proposition. En remontant la colline, la pauvreté affleure, persona non grata du pays en effervescence. Maisons délabrées, voitures abandonnées sur le trottoir. Nous tournons sur une terrasse avec vue de rêve sur l’immensité de la favela, puis nous demandons à Betho s’il peut chanter dans la rue. Les visages le suivent depuis les fenêtres avec curiosité. Il salue, car il en connaît la plupart. Betho éclaire son quartier de sa musique. Sans fard. Et dans cette gaieté si brésilienne.

On célèbre l’anniversaire de Fred avec une rasade de cachaça. En nous ramenant à la pousada, Betho ne résiste pas à l’envie de nous montrer le stade de Salvador qui égraine le compte à rebours d’avant-coupe du monde.
Car le Brésil qu’il veut nous montrer est aussi fait de ces clichés incontournables que sont le football ou la samba. De cette fierté immense d’être brésilien et de l’espoir que la société finira par gommer l’insoutenable inégalité.
Dire dans le sourire.
Comme Anibal qui choisit de reprendre deux chansons traditionnelles de la région de Fortaleza dont il est originaire. Où il est question de l’eau qui manque et qui rend la vie si difficile. C’est l’histoire de sa famille, partie de son village du Ceará, pour s’installer à Fortaleza. La réserve des premières minutes s’efface rapidement. Il parle un anglais parfait, s’essaie avec Miles à quelques mots de français, puis reprend la guitare sur la plage balayée par la houle.
Toute la douceur d’un pays résumé dans la beauté de sa chanson.

Te amo pra sempre – je t’aime pour toujours

0 Comments