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Gorée

Gorée

Aperçue dès notre première sortie en mer, à notre arrivée à Dakar, Gorée nous attendait, chargée de son histoire, îlot minuscule face à Dakar. Nous y partons, à la nuit tombée, en compagnie de Marie et Antoine, un couple franco-sénégalais de musiciens avec lequel nous étions rentrés en contact avant notre départ.
Antoine est notre guide, il est né à Gorée. Pas un visage qu’il ne salue, une fois passée la foule de jeunes dakarois qui patiente pour prendre « la chaloupe ». Les deux navettes ont chargé et déchargé sans interruption depuis le matin les passagers de la capitale, venus passer la journée sur les deux petites plages de l’île. Corps dénudés, sable collé sur la peau. Nous sommes à quelques jours du Ramadan ; la jeunesse joue avec les interdits avant de se plonger dans la rigueur du jeûne.

Au matin, l’île se réveille en douceur, dans l’attente des visiteurs. On baigne les moutons sur la plage ; les pêcheurs relèvent leurs filets au large et les artisans installent dans la montée vers le Castel leurs stands de peintures et de bijoux.
Devant nous, l’océan et les cargos qui s’engagent sur la mer. Derrière nous, Dakar, à la fois proche et lointaine, car l’atmosphère préservée de village protège l’île des assauts de la ville.
La vie se déroule sur les rues de pavés et de sable, au gré des rythmes de djembé, des jeux d’enfants. Nous sommes dimanche, c’est le jour des baptêmes et des communions. Les invités sont assis sur des chaises en plastique dans la rue qui résonne au rythme de la musique cubaine projetée par d’immenses enceintes.

La vie se poursuit derrière les portes en bois coloré. Dans les patios, placés à l’ombre des flamboyants en fleurs où les femmes étendent le linge.
Difficile d’imaginer l’horreur d’il y a quelques siècles. Les corps, eux aussi dénudés, entassés dans les pièces étroites, humides et sombres. Les hommes, d’un côté, les femmes, de l’autre, les enfants, les cachots pour récalcitrants, pour malades. La pesée. A l’étage de la maison des esclaves, les grandes portes fenêtres ouvrent sur l’océan immaculé. Hauts plafonds, planchers. La demeure des maîtres.
Une maison parmi d’autres. Petite pierre à l’édifice de l’esclavage, sur la route des Amériques.

Une histoire que chante Antoine, alias P’Peace Diandy, en français et wolof. Nos deux langues, nos deux cultures, si étroitement et douloureusement imbriquées. Nous l’avions enregistré un dimanche de Pentecôte, dans le parc de Hahn, au cœur de Dakar. C’est là qu’il nous avait invités à venir visiter l’île avec lui.
Rencontre heureuse de voyage. De celles qu’on espère revoir, à Paris, à Dakar, les chemins des voyageurs se recroisent forcément.

Grâce à Judith, aussi, qui se creuse les méninges pour nous ouvrir des portes de musiciens. Amie d’ami qui devient notre amie, c’est devenu la loi, tandis que Miles joue avec ses enfants, Pau et Lucie.
On rencontre I-Science sur la terrasse d’un joli lieu de concert de Wakam. Staz, le guitariste filiforme et Corinna, la charismatique chanteuse, mi-belge, mi-italienne, mi-peu importe. La musique est métissée, fusionnée et festive.

On rencontre Mustafa Nahan à la veille de son concert, à l’Institut Français. De la chanson d’amour qui l’a révélé au Sénégal à la reprise engagée d’Ismaël Lô, on se quitte en se disant à bientôt.


Mustafa qui nous présente, le même soir, à Minuss, le slameur. On se fixe rendez-vous le lendemain dans les bureaux de sa start-up où il nous propose une impro slamée dans la courette. Les oiseaux pépient. A midi, il a un rendez-vous. Dans tous les pays, nos artistes ont deux casquettes qu’ils changent à l’envi, car la passion dévore.
On va se comprendre.

Conclusion inespérée de nos rencontres musicales pour le site Deezer.
Dans le fond, elles étaient pour nous le prétexte d’écouter ce que chantait le monde. Un long concert de dix mois et d’artistes, plus ou moins connus, talentueux, généreux, qui nous ont tous fait le don de leur temps et de leur musique.
Nous ne les en remercierons jamais assez.

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