Chili

Les Cactus

Les Cactus

En quittant Santiago, nous prenons conscience de l’étendue du Chili. Les trajets de bus sont longs, une trentaine d’heures pour rejoindre le nord du pays. Plus encore pour aller dans le sud. Pour nous alléger le trajet, nous nous arrêtons à La Serena, station balnéaire, où la côte aride est ciselée par les vagues du Pacifique. Nous les apercevons depuis la croix du Millénaire, construction de béton qui domine la ville voisine de Coquimbo. En contrebas, sur le port, des lions de mer agglutinés sur les rochers attendent les restes des poissons jetés par les restaurants du front de mer. Du haut des baraques, des dizaines de pélicans les observent.

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Depuis La Serena, nous repartons en direction de San Pedro de Atacama. La végétation se raréfie tandis que nous prenons de l’altitude. Oasis en plein milieu du désert, le village est le lieu de départ d’excursions vers les paysages lunaires alentours. Nous gravitons depuis notre hôtel dans des paysages désolés, mais magnifiques. Dunes de sable, canyons de schiste creusés par des océans disparus, une étendue d’eau sur le salar où de jeunes flamants roses prennent leur envol. Les étapes sont cadencées par les commentaires des guides hispanophones qui accompagnent notre montée dans la cordillère. Elle culmine à 4200 mètres, devant les lagunes de l’Altiplano. L’oxygène est plus rare, l’air frais. Miles réussit malgré tout encore à courir au milieu des paysages spectaculaires. Lacs d’eau salée d’un vert émeraude étincelant. De l’autre côté de la rive, des vigognes se reposent au bord de l’eau.

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Pour se reposer de l’altitude qui rend le sommeil léger, nous nous retrouvons à l’ombre du patio de la Rose d’Atacama, un hôtel-bibliothèque tenu par deux Français. Les romans de Luis Sepulveda sont en bonne place sur les étagères du bureau. La chanson de Dutronc résonne depuis la bibliothèque.  Aurélien nous indique des musiciens qu’on pourrait rencontrer en ville. Question de continuer notre collection de chansons du monde, après une pêche un peu maigre à Santiago.

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Nous rencontrons Jorge et Fabian du groupe Ataca Ama à quelques minutes du concert qu’ils donnent dans un restaurant de San Pedro. Ils nous donnent rendez-vous le lendemain dans une auberge de jeunesse colorée où ils nous interprètent une chanson aux rythmes du salar. Visage buriné par le soleil (« Soy pura sal »), voix éraillée par les années passées dans le désert. Difficile d’y vivre en tant que musicien, évidemment. Heureusement, le tourisme attire suffisamment pour leur permettre de donner des concerts hebdomadaires.

De retour au bord du Pacifique, à quelques kilomètres de la frontière péruvienne, nous glanons les derniers instants chiliens de notre périple. Nous aurons fait l’impasse sur la Patagonie et l’extrême sud, mais un tour de la planète impose des choix qui offrent autant de perspectives de futurs voyages. Nous avons fait celui du nord, des hautes altitudes et de la culture andine. Nous quittons le Chili pour une rapide traversée du Pérou en direction de la Bolivie. En remontant les Andes, nous continuons notre plongée dans l’Amérique latine.

En la ruta de los Andes

En la ruta de los Andes

Les amis de nos amis sont nos amis.
Nous avons pu vérifier l’exactitude de l’équation en posant nos valises à Santiago. La capitale est loin de posséder le charme tranquille de Valparaiso, à deux heures de route de là. Encaissée entre les montagnes, loin de la mer, elle accumule bouchons et pollution. Et près de la moitié de la population chilienne. Il fait chaud ; les déplacements en bus ou en métro sont longs, l’atmosphère moite des rames rappelle celle d’un jour de canicule à Paris. C’est la rentrée, et la ville fonctionne déjà à plein régime.

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Depuis le quinzième étage de l’immeuble où nous avons trouvé un studio pour la semaine, nous trouvons du calme, malgré quelques secousses sismiques, et profitons des magnifiques ciels couchants qui transfigurent la ville pendant quelques minutes. A vrai dire, le charme est aussi en bas. Au Parque ForestalMiles fonce à travers les allées sur une voiture à pédale, au milieu des stands de barbe-à-papa et des vendeurs de glaces.

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Dans le petit restau d’Arthur, un ami de fanfare de Fred. Nom chilien, El Barisino, pour une cuisine française généreuse, au milieu d’un paysage culinaire un peu désertique. Arthur, justement. Lorsque nous recherchions des contacts d’écoles au Chili, il a envoyé un message à quelques-uns de ses amis. La bouteille à la mer est parvenue jusqu’à Felipe. Avant même notre départ, il nous a contacté et parlé du Colegio Etievan où il est luthier et enseigne la musique. Sans même nous connaître, Felipe a insisté pour que son école nous accueille, même pour trois jours. Nous sommes à nouveau en pleine période de rentrée scolaire ; les professeurs – on le comprend – sont réticents à accueillir des intervenants dès la première semaine de classe.

Felipe nous reçoit chez lui, on a l’impression de se connaître depuis longtemps. Le voyage est un extraordinaire accélérateur d’amitié ; sa maison, un paradis pour musicien. Entre les instruments venus des quatre coins du monde et les vinyles qu’il nous fait écouter. La passion de Felipe pour la musique est contagieuse. La complicité immédiate que nous avons avec lui nous accompagne pendant les trois jours de notre intervention.

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Peu importe si Peggy ne parle pas espagnol, Fred jouera les interprètes. Miles trouve enfin avec qui partager sa passion du foot. Les enfants débordent d’envie et d’énergie, soutenus par Bernardita, leur enseignante, qui chante et danse avec eux. Felipe sort sa flûte et la chanson du pingouin des Andes prend miraculeusement forme. Comme Pepe le pingouin, imaginé par les enfants, et qui rêve de voler comme un condor.

Premières notes du chapitre andin que nous nous apprêtons à entamer en compagnie de Dominique, la mère de Fred, arrivée en début de semaine au Chili. Nous coiffons le sombrero et partons à l’attaque des hautes altitudes, vers le nord du pays.

Valparaiso

Valparaiso

El niño que no juega no es niño, pero el hombre que no juega perdió, para siempre al niño que vivía en él y que le hará mucha falta.
Pablo Neruda

L’ombre du poète se projette sur Valparaiso depuis La Sebastiana, sa maison de lumière dont le salon s’ouvre sur la mer étincelante. Au-dessus, un ciel dépourvu de nuages. Au-dessous, la palette multicolore de la ville. Enchevêtrement de tôles, de rues sinueuses, maisons bigarrées, fresques gigantesques ou inscriptions délavées. L’invitation à la flânerie est permanente, on passe, puis on repasse en observant un détail qui, la première fois, nous avait échappé.

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D’une descente d’ascenseur, on arrive à la basse-ville qui grouille de bus, de taxis, d’étals de rue. On se frôle, on piétine, on fatigue, mais il suffit de gravir une nouvelle côte ou de reprendre un téléphérique pour retrouver l’air de la poésie qui s’est posée sur la cité. A l’image d’une rue transformée en toboggan ou de tous ces chiens, des centaines, qui dorment placidement à l’ombre des immeubles.
Valparaiso ne se raconte pas, elle est faite pour que l’on s’y perde. Dédale d’escaliers, de ruelles découvrant des fresques multicolores, œuvres anonymes d’artistes qui prolongent le jeu dans le moindre recoin. Miles court et fait rouler une petite voiture le long des murs. Nous le suivons avec la même curiosité d’enfant.

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Le soir, les collines s’illuminent et des clameurs montent. Les notes trainantes d’un tango, la mélodie isolée d’une cornemuse, quelques accords de guitare. La ville reprend son souffle, celui de la nuit qui tombe, de ses habitants qui sortent et prennent possession des bars sombres du jour. Les visages des fresques, les monstres dessinés deviennent des fantômes qui veillent la cité.

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Valparaiso, c’est aussi notre petite pension, tenue par Gilles, le Toulousain. Son accent chantant, dès le petit-déjeuner, pour nous suggérer le programme de la journée. « Ça va lui plaire au petit », répète-t-il sans cesse. Autour de la table du petit-déjeuner, on croise Yannick, le retraité breton qui passe six mois de l’année en Amérique latine. Un ami de Gilles, il revient presque tous les ans. Pauline, l’étudiante parisienne, venue étudier un semestre à l’Université catholique. On improvise un dîner de crêpes autour du réchaud de Yannick ; Miles joue avec Paul, le fils de Gilles, dans le patio. On échange les expériences de voyage, on affine le parcours des prochaines semaines. L’Amérique latine est un continent si grand qu’elle offre un infini de possibles. Et Valparaiso en est son port d’attache.

Nous avons fait le plein de beau, nous gonflons nos voiles vers le nord.