Argentine

Raindrops keep fallin’ on my head

Raindrops keep fallin’ on my head

Iguazu s’était glissé comme une escale programmée sur la route du Brésil. Rien d’obligatoire, mais la curiosité d’aller vérifier par nous-mêmes les superlatifs que d’autres lui associaient sans cesse.
Et même si nos deux jours sur place ont été entrecoupés d’averses chargeant le ciel de lourds nuages, même si on piétine parfois au milieu de groupes de touristes argentins ou brésiliens qui mitraillent en tous sens, alimentant ainsi, sans le savoir, la collection de selfies de Fred – mise en abyme de la frénésie numérique, nous ne trouvons rien d’autre à dire que ce que nous n’ayons précédemment entendu. Fabuleuses, majestueuses, merveilleuses, somptueuses, époustouflantes, éblouissantes, magiques.

Vues du côté brésilien, on en découvre l’étendue ; du côté argentin, la puissance. Deux jours entiers viennent à peine à bout du spectacle auquel nous assistons sous tous les angles, d’en face, d’en bas, d’en haut. Et puis d’en-dessous. Le temps d’une course en grand zodiac, nous sautons au gré des rapides, et passons, comme Tintin et Haddock, le temps de quelques instants de l’autre côté de la cascade. Au prix de quelques gouttes de pluie sur nos têtes.

Nous quittons l’Argentine avec le sentiment étrange d’avoir trop peu vu du pays, même après y avoir passé près de trois semaines. Freinés par les distances immenses qui ne nous ont permis de mesurer qu’une infime part de la diversité du pays. Touchés, dans tous les cas, par la gentillesse des Argentins et leur accueil qui nous incitera, sans hésiter, à revenir.
Mais, l’attention du monde porte désormais sur le Brésil, le mondial de football est sur toutes les lèvres latines. Et nous ne pouvons refuser à Miles dont la passion footballistique grandit au fur et à mesure des autocollants Panini qu’il colle dans son album de vivre la fièvre d’avant-fête.

Girls just want to have fun

Girls just want to have fun

Coup de barre. Notre arrivée en Argentine coïncide avec quelques jours de flottement. De la fatigue après la Bolivie et ses hautes altitudes. Pas envie de courir les musées, mais plutôt de prendre un livre ou, pour certains, de regarder un match de la Ligue des Champions. Nous subissons, sans vraiment trouver d’alternative, les paysages urbains argentins et les kilomètres, dans les fauteuils moelleux des bus de nuit, pour rallier la capitale. Salta. Cordoba. Des immeubles, des voitures, du bruit. Ça et là, des églises, des cathédrales. Une mission, à Alta Gracia. Des cafés où on sert un petit noir accompagné de demies-lunes, le nom si poétique des croissants.

Des villes au goût d’Europe, telles que nous n’en avions plus vu depuis des mois. A Salta, on défile contre la hausse des prix. Nous nous joignons aux cortèges colorés pour comprendre les revendications. A Cordoba, nous arrivons dans une ville morte. Le pays est paralysé par une grève générale. A Buenos Aires, notre appartement est situé dans la principale artère commerçante. Pas un pas sans se faire interpeler par des silhouettes un peu louches sur le refrain « Cambio, cambio, cambio. Money exchange » . Le marché noir monétaire fleurit. Un dollar s’échange dans la rue à plus de dix pesos ; les banques en offrent huit, au mieux. C’est interdit, mais, nous les premiers, ne résistons au taux de change favorable et participons ainsi à cette double économie, sans vraiment en comprendre les implications.

Buenos Aires nous rappelle étrangement Paris. Artères haussmanniennes, façades XIXème, constructions modernes le long du canal, trouées de verdure et terrasses de café. Un Montmartre miniature, à La Boca, où les touristes posent avec des danseurs de tango, devant des toiles sans inspiration et à l’ombre des maisons bariolées de bois. Au détour des rues, on découvre même des devantures tout en français. Un vent glacial nous accueille en début de semaine. Ici, c’est l’automne. Les feuilles des arbres roussissent. Les manteaux sont de sortie et les gens se pressent dans le métro. Nous dépareillons avec nos sandales et nos pulls légers. Un goût de retour anticipé ? Nous ne nous sentons pas encore prêts, pas maintenant. Dans trois mois peut-être, nous avons encore deux autres pays à traverser.

Et puis s’arrêter à des comparaisons trop faciles ne nous avance pas non plus. Heureusement, tandis que le soleil revient, nos rencontres musicales de la semaine sont là pour nous rappeler que Buenos Aires n’est pas Paris, que l’Argentine n’est pas l’Europe et que nous sommes encore bien au cœur de notre voyage.
Il y a d’abord Rayos Laser, leur pop mélancolique et le regard rêveur de Tomas, dans un décor de café à la fois vintage et futuriste. Le chanteur reprend la chanson de Cindy Lauper « Girls just want to have fun ». C’est décalé et pourtant, ça sonne juste.

Puis l’appartement de Maria, la chanteuse du groupe Rosal. Des travaux dans la rue gâchent la première prise de son. Qu’à cela ne tienne, nous migrons dans la cuisine, au milieu de la vaisselle, des coups de marteau du voisin et du chat qui ouvre la porte de la cour.

Jimena Lopez Chaplin et ses musiciens, dans un studio de Florida. Elle s’attaque, avec culot, à un monument de David Bowie, Starman, traduit en espagnol.

Et nos journées se terminent à l’école Musineira, auberge espagnole musicale. Les enfants croisent les adultes qui sortent d’un cours de piano ou de chant. Ils prennent le goûter et se mettent dans la bonne humeur au clavier, au micro ou à la batterie et égrainent les accords de Let it Be. On se sent bien dans l’ambiance familiale distillée par les deux maîtresses du lieu, Daniela et Inès. La musique y est un jeu, et les enfants se prêtent à celui de la chanson. Une histoire d’amour impossible entre un tatou argentin et une colombe nomade. Le tango chante la passion triste, mais nos séances sont animées du sourire des enfants.

 

 

La douceur encore, celle qui se dégage de cet après-midi avec « Rosa de los ventos », le quatuor de Daniela et Ines. Quatre femmes qui trouvent le plaisir de jouer et de chanter sur les magnifiques textes d’Ines.

Daniela qui nous ouvre les portes de sa maison pour nous faire vivre un vrai asado argentin. Diego, son mari écrivain, est aux fourneaux, avec Ivan, l’aîné des deux fils. Popi, le second, joue aux Lego avec Miles. La soirée est douce, la viande délicieuse.

 

asado kalimba
Daniela, encore, qui offre à Miles une petite kalimba gravée à son nom, en souvenir de son passage à l’école. Qui nous ouvre aussi les portes de Rio en nous mettant en contact avec une de ses amies chanteuses.

Girls just want to have fun.