Posts Written By: admin

Au milieu coule une rivière

Au milieu coule une rivière

Nous passons la frontière septentrionale de la Thaïlande à bord d’une pirogue. Traversée mythique du Mékong, large bande brune, qui parcourt le Laos du nord au sud.
De l’autre côté de la rive, changement radical d’ambiance. Nous quittons l’autoroute du tourisme pour une nationale. Avec ses charmes et ses aléas.
Les distances ont beau être courtes sur le papier, nous comprenons rapidement, tandis que nous nous enfonçons sur les routes sinueuses du nord du pays, qu’il faut oublier nos repères temporels. Ici, cent kilomètres se parcourent en quatre heures, au milieu des laotiens qui se tassent à l’arrière du bus pour laisser un semblant de confort aux touristes occidentaux. Les routes sont parfois bonnes, souvent mauvaises, le chauffeur distribue élégamment des petits sacs en plastique aux passagers avant de débuter le trajet. Difficile dès lors d’apprécier pleinement la beauté des décors, succession de crêtes habillées d’une jungle dense et vierge de toute présence humaine, hormis quelques villages isolés.
Les trajets sont de véritables aventures, au cours desquelles la proximité subie nous laisse le sentiment de partager un moment de vie avec nos compagnons d’infortune.

DSC01566

Entre voyageurs, on lie facilement conversation pour commenter ou essayer de comprendre les spécificités du transport routier. Comme cet arrêt au milieu de nulle part à attendre un autre bus dans lequel nous devrons, sans plus d’explications, tous monter pour terminer les vingt minutes de trajet. Ou cette matinée à attendre le bus de huit heures qui ne partira qu’à midi, afin de le remplir de suffisamment de passagers.
Hasard ou coïncidence, nous ne rencontrons presque que des voyageurs au long cours. Faire un tour du monde relève visiblement, dans l’espace-temps laotien, de la banalité. Nous retrouvons Anke et Laurent à la frontière. Nous rencontrons Dave, le britannique, puis le revoyons quelques heures plus tard après l’avoir laissé à l’arrêt de bus de Luang Namtha. Il semblerait qu’entre-temps il ait fait connaissance de tous les autres touristes de la ville qu’il appelle tous par leurs prénoms et invite rejoindre notre table. Nous faisons un bout de chemin avec Maryline et David, partis un mois après nous, puis les perdons de vue au village de Nong Khiew. Nous croisons la route de Paul, dépassé en bus le matin sur son vélo couché, puis retrouvé dans l’unique artère de Oudomxai, carrefour sans âme des routes du nord. Il est parti il y a sept mois de Lyon, en vélo, et projette d’arriver au Pérou dans un an et demi. Nous parlons à Julie et Guillaume qui, leurs études terminées, ont pris leur sac à dos pour faire le tour du monde dont ils rêvaient depuis trois ans.

Enfants Laos
Au milieu de tous ces profils de voyageurs, Miles apporte une petite touche exotique. Nous nous en apercevons dans les villages que nous traversons. A quelques kilomètres de Nong Khiew, après avoir suivi sur plusieurs kilomètres un chemin de terre, un groupe d’enfant surgit de nulle part, nous apportant des fleurs et des oranges cueillies au bord de la route. Nous jouons avec eux au bord de la rivière, les regardant avec envie se jeter dans l’eau. Dans le village, un paysan se propose de nous faire visiter l’école. Il voudrait nous raccompagner en bateau jusqu’à notre village; nous refusons, nous avons laissé nos vélos au bord de la route.

Miles Laos

 

IMG_4452_web
Car nous nous laissons porter par cette tranquillité laotienne, celle décrite par les guides et tous ceux que nous rencontrons.
Elle nous porte encore le long de la rivière Nam-Ou que nous suivons dans une barque au milieu de décors spectaculaires, au fil des rapides, avant de retrouver le Mékong, toujours aussi brun et large, et la ville de Luang Prabang, prochaine étape de notre voyage laotien.

Thaïlande, village du monde

Thaïlande, village du monde

Depuis l’Indonésie, notre escale thaïlandaise n’est qu’une étape vers le Laos. Nous y reviendrons en janvier pour la découvrir.
Cependant, dès notre arrivée à Bangkok, une série de rencontres plus ou moins fortuites nous plonge presque aussitôt dans cette douceur de vivre, si caractéristique de la Thaïlande.
Le hasard d’une réservation sur le web nous conduit, dès la sortie de l’aéroport, dans un quartier éloigné du centre touristique de Bangkok. Le chauffeur de taxi a un petit rire sarcastique en découvrant la Guest House, bloc gris de béton assez peu avenant.

bouffe01
Tandis que nous attendons l’arrivée de la propriétaire, partie manger, nous croisons un couple de Français, Kaïla et David, qui s’étonnent de notre présence dans le quartier, 100 % thaï. Ils sont hébergés deux rues plus loin et nous proposent de les y accompagner. L’hôtel est atypique; il est tenu par Charlee, un Thaï un peu bohème, artiste peintre qui a décoré sa guest house bigarrée de ses toiles, des nus souvent suggestifs. Kaïla et David nous invitent à déjeuner avec eux sur la terrasse; la voisine, Phuk, prépare un merveilleux pad thaï dans la rue.

brochette

De chaque échoppe s’échappent des effluves de cuisine. Brochettes, soupes, étals de fruits exotiques, la tentation est permanente. Charlee, même si nous n’avons pas voulu déménager chez lui pour peu de nuits, nous accueille généreusement pour les repas. Sa terrasse tiendra de repère pour nos quelques jours à Bangkok.

miles_david
Dès le lendemain de notre arrivée, nous sommes rejoints par notre ami David qui sillonne le sud de la Thaïlande à vélo depuis quelques semaines. Il a bravé la circulation frénétique de Bangkok pour nous rejoindre avant de prendre la route vers le nord.
Il nous accompagne le soir à un dîner improvisé avec deux familles françaises, également autour du monde. Stéphane, Isabelle et Nell que nous appelons familièrement les « Gnous » et que Fred avait rencontré au printemps chez eux, à Lille. Jéromine, Aladin et leurs trois filles qui eux viennent d’arriver d’Inde. Nous nous suivons depuis quelques mois sur internet; le hasard fait que nous sommes tous en même temps à Bangkok.
Échange d’impressions, d’expériences. On a beau se connaître à peine, on a le sentiment de partager beaucoup. A commencer par les enfants qui se racontent des anecdotes du bout du monde, comme s’il n’y avait rien de plus naturel.
Autre hasard, le lendemain, celui de rencontrer Dorothée, une amie allemande, également en transit sur Bangkok.

Nous quittons la capitale le lendemain soir. Nous n’en aurons pas vu les principales places touristiques, leur préférant une vie de village dans notre quartier de Bangkok.
Un bus de nuit VIP – le service est digne d’une business class en avion – nous fait traverser le nord de la Thaïlande en une nuit, vers Chiang Mai, deuxième ville du pays.

moine
D’ici gravitent de nombreux touristes, passionnés de treks et de temples bouddhistes. Nous y retrouvons – nouvel hasard – Anke, une collègue et amie de Peggy, et son ami Laurent, en promenade pendant trois mois en Asie. Nous convenons de nous retrouver un peu plus loin sur le Laos, nos itinéraires semblent coïncider.
Le lendemain, les gnous croisés à Bangkok nous rejoignent dans notre hôtel. Nous décidons d’aller ensemble à la rencontre des éléphants et de profiter de quelques journées ensemble autour de la piscine. Une respiration également appréciée de Miles qui suit Nell, son aînée de quatre ans, dans ses moindres gestes, du petit-déjeuner au coucher.
Leurs conversations sont tendres à suivre. Entre les récriminations gastronomiques, Harry Potter, les dialogues de dessins-animés se glissent des récits de leur quotidien nomade.

 

miles_nell
Nous reprenons demain la route, à trois, gonflés par cette semaine de chemins croisés, destins de voyageurs, espoirs de se recroiser. Certitude qui ne s’encombre ni de date, ni de lieu précis – nous laissant surtout ce sentiment que la Thaïlande, autoroute touristique du sud-est de l’Asie, n’est rien d’autre qu’un village de voyageurs.

WIFI or not WIFI ?

WIFI or not WIFI ?
Internet a considérablement modifié notre manière de voyager. Nous en faisons le constat depuis les presque deux mois que nous baroudons, tant les questions de connexions sont importantes. D’elles dépendent la mise en ligne des vidéos, la fréquence des articles sur le blog et les contacts sur place. Difficile de faire autrement, nous avons choisi cette forme de récit en direct, mais, le voyage s’installant, nous nous détachons de plus en plus volontiers de cette hyper connectivité et regrettons peut-être un peu ce temps où nous partions en voyage, sans donner d’autres nouvelles aux proches qu’une simple carte postale.

 

Gili
Car il est à présent possible de se connecter partout. Même sur les îles Gilli, petits ilôts au large de Lombok où nous entamons notre dernière semaine indonésienne. Il n’y a ni voiture, ni scooter, que des vélos et de petites calèches, mais chaque café arbore un écriteau WIFI pour les touristes – très nombreux, désireux de partager leurs plongées au milieu des tortues de mer et des poissons tropicaux. Nous nous accordons également ce plaisir avec Miles qui découvre, avec masque et tuba, des poissons « hallucinants » et aperçoit deux tortues nageant en surface.

 

Plongée

 

A Lombok, changement radical d’ambiance. L’île est beaucoup plus aride, les temples hindous font place à de nombreuses mosquées, l’extrême majorité de la population est musulmane, et les infrastructures touristiques sont moins omniprésentes qu’à Bali.

 

lombok1
Sur la plage quasi déserte de Kuta-Lombok, des enfants déambulent avec des bracelets qu’ils confectionnent pour vendre aux quelques touristes de passage.  Alors que nous sommes installés depuis quelques minutes, ils viennent nous rejoindre. Un match de football s’improvise avec Miles. Il n’est plus question de vendre des bracelets, mais on se parle en Messi, Ronaldo, Real Madrid et Barcelone et autres références du football mondial.

 

foot

 

Sur notre scooter, nous sillonnons des paysages vallonnés, parcourus de villages de paysans dont les enfants nous saluent en passant. Au détour d’un virage, nous découvrons des plages de sable fin aux décors spectaculaires que traversent tout juste un troupeau de vaches et leur berger.
L’authenticité de Lombok nous séduit, face à Bali saturée de tourisme. Tout juste regrettons-nous de ne pouvoir y rester plus longtemps.
Pour nos deux derniers jours, nous retournons à Denpasar, où Ayu et sa famille doivent nous recevoir. Car, si Internet a un mérite indéniable, c’est celui de mettre en contact des personnes qui pourraient ne jamais se rencontrer.
Nous avions contacté Ayu il y a plusieurs mois par l’intermédiaire du site Couchsurfing.org. Elle avait aussitôt manifesté beaucoup d’intérêt pour notre voyage et nous avions échangé des nouvelles régulières par mail.

 

ayou
Nous l’avions brièvement rencontrée lors de notre passage à UbudAyu travaille, puis, elle nous avait proposé de venir chez elle pour terminer notre séjour indonésien.
Nous arrivons dans un quartier populaire de Denpasar de nuit, à l’issue d’une longue journée de transport. Ayu nous accueille chez ses parents, elle-même vit avec son mari et ses deux enfants chez ses beaux-parents.

 

L’accueil qui nous est réservé est royal, les parents d’Ayu qui ne parlent pas un mot d’anglais, ont à cœur de nous ouvrir les portes de leur maison et de leur famille. Nous voilà donc en route le lendemain, à neuf dans la voiture familiale, vers le village d’origine du père. Une cérémonie a lieu au temple et Ayu veut nous y emmener. La route est superbe, les enfants donnent à manger à d’énormes poissons des biscuits dans les jardins d’un palais royal, Miles joue par mimétisme avec Putu, l’aîné.

 

miles_putu

 

nous_costumes
Arrivés au village, nous revêtons le costume traditionnel, essuyons quelques sourires amusés lors de notre entrée au temple et assistons à une cérémonie colorée dont Ayu nous commente les principales étapes.

 

danse2
De retour à la maison familiale du village, une armée d’oncles et de tantes viennent nous saluer, se faire prendre en photo avec nous. Le père d’Ayu qui a chanté pendant la cérémonie s’installe et nous offre un chant sanskrit.

 

La nuit tombe et Ayu, tout en réserve, nous en dit un peu plus long sur sa vie, dans son excellent anglais qu’elle a appris seule dans les livres. Elle a vingt-quatre ans. Mariée à dix-sept, mère au même âge, elle a quitté l’école à seize ans pour travailler et cesser de demander de l’argent à ses parents. Aujourd’hui, elle cumule deux jobs. Un dans le marketing, l’autre, le week-end, pour le compte d’une fondation américaine qui oeuvre pour la scolarisation des enfants des zones rurales de Bali. Quand elle rentre d’Ubud à Denpasar (quarante-cinq minutes de trajet en scooter), elle suit des cours du soir pour obtenir les diplômes qui lui manquent. Elle voit très peu ses enfants, c’est l’affaire de six mois encore, nous dit-elle. Elle croit au kharma. Fais quelque chose de bien pour les autres et il t’arrivera quelque chose de bien. Nous lui souhaitons toutes ces choses, pour sa générosité et son incroyable force de caractère.

 

famille
Ayu, son mari et ses enfants nous accompagnent à l’aéroport le lendemain. C’est étrange, mais ces adieux sont troublants, nous nous connaissons à peine, nous ne nous reverrons peut-être pas, mais nous sommes émus par la sincérité d’Ayu lorsqu’elle nous demande de parler d’elle à Miles et de lui dire qu’il a une famille à Bali. Ces deux jours hors du temps sont ces instants précieux qui laisseront de ces quelques semaines indonésiennes une trace sans doute profonde.

A la poursuite de l’Eden

A la poursuite de l’Eden

Il aura fallu mettre Ubud, la capitale culturelle de Bali, nouvelle artère de tourisme de masse,  et aborder les contreforts de la montagne pour enfin apercevoir un peu de la vraie nature de Bali. Jusque-là, difficile de savoir ce qui relève de la véritable tradition ou de l’attraction pour touristes. Miles résiste cependant aux sollicitations d’un « No, thank you » très décidé, dès qu’on nous propose un taxi ou un massage.

munduk_montagnes

A Munduk, dans les montagnes, l’air est plus frais, la densité des touristes (presque que des Français) est beaucoup plus vivable. Notre Guest House offre une vue à couper le souffle sur les  vallons qui s’ouvrent sur la mer, visible par beau temps.

Végétation luxuriante, population curieuse et souriante, nous faisons découvrir à Miles les joies de la randonnée. L’une d’entre elles nous mène à un banian, un arbre sacré, le plus ancien et le plus grand de Bali. Son âge est estimé à huit-cents ans.  Lorsque nous y parvenons, nous constatons qu’il s’est effondré à mi-hauteur. Le temple voisin a été partiellement détruit. L’arbre n’en demeure pas moins impressionnant. Poids trop important ? Âge trop avancé ?  Un guide indonésien que nous interrogeons sur les raisons de la chute nous avance son sentiment : les dieux qui habitaient l’arbre ont voulu signifier quelque chose. Sinon, l’arbre ne serait pas tombé sur le temple.  Évoque-t-il le tourisme qui atteint désormais cette partie de l’île ? Il n’en dira pas plus.

 

banian

 

Au retour, nous allons chez le voisin de notre Guest House. Made Terip est un maître gamelan. Comme son père qui lui a appris à jouer dès l’âge de cinq ans. Il nous reçoit dans sa demeure familiale, au milieu des chiens, des chats, des poules,  des oiseaux et d’un singe en cage qui tourne interminablement. Un magnifique gamelan trône sous l’auvent. Il se l’achète morceau par morceau, avec les cachets de ses concerts en Europe. Car, sans en avoir l’air, Made Terip est une star du gamelan, il a même enseigné son art en France.
Il aura d’ailleurs fallu que nous négociions de longues minutes avec le maître, son cousin et son fils, lors de notre première visite, deux jours auparavant.  Pas de musique si nous ne versions pas au moins huit millions de roupies (environ cinq cents euros). Il faut payer les joueurs de gamelan qu’il fait venir spécialement, les danseuses, les costumes. Nous tentons de lui expliquer, moyennant la traduction du cousin, que notre objectif est plus modeste et que notre démarche exclut les rapports d’argent. Il finit par consentir à nous jouer de son gamelan en bambou, le surlendemain. Le jour même, il y a un mariage à Munduk et il doit jouer au temple.

made_01

Dans la cour, au milieu des aboiements, Made Terip nous montre en quelques minutes comment il fabrique lui-même son gamelan. Le geste est précis, quelques coups secs de hachette pour sectionner le bambou, l’oreille sûre.  Un de ses trois fils apporte le gamelan du maître qui nous propose deux morceaux, accompagné de son fils et de son neveu. Made Terip est un autodidacte, il ne sait pas écrire la musique, il compose, inspiré par les esprits, et dicte à ses musiciens leur partition.

Made Terip


Nous quittons Made Terip et les montagnes pour retourner sur la côte. Amed, autre petit coin de paradis, encore préservé du tourisme de masse est un lieu privilégié de snorkeling, avec des fonds de coraux sublimes, dont nous profitons pendant deux jours avant d’aborder notre dernière semaine indonésienne.

What’s left in Bali

What’s left in Bali

Hormis quelques notions sur la musique traditionnelle balinaise et l’incontournable gamelan, nous n’avions pas vraiment d’idée à propos de l’identité musicale de Bali, et plus largement de l’Indonésie.
Notre contact chez Deezer à Singapour nous avait donné quelques pistes, comme le punk indonésien, très vivace, incarné, entre autres, par le groupe « Superman is Dead ». Puis, elle nous avait mis en relation avec un guitariste balinais, Balawan, qui s’est prêté à notre jeu, dans son studio de Denpasar.
Riva, le représentant du label, est venu spécialement de Djakarta. Il nous guide à scooter dans le dédale de rues de Denpasar. Le trafic, ici, n’a rien à envier au périphérique parisien à une heure de pointe.
Mélange de jazz et de fusion, la musique de Balawan mêle avec la virtuosité de sa guitare à deux manches deux univers musicaux. Interrogation ou nostalgie ? Le titre de sa composition « What’s left in Bali » rejoint ce drôle de sentiment que nous avons depuis notre arrivée à Bali d’une île en recherche d’identité. A moins que cette musique ne reflète une nouvelle réalité, teintée d’occident, édulcorant progressivement une culture insulaire traditionnelle et ancienne ?

Aray, alias Ray D’Sky, nous confirme cette évolution forte de la société indonésienne, renforcée par l’accès à Internet des jeunes générations. Aujourd’hui, on écoute tous les tubes internationaux, on télécharge les titres qu’on aime. Cela a permis à de nouveaux artistes d’émerger. Le marché de la musique est en plein boom, nous confirme Riva, le représentant du label.

Justement. Nous avons rencontré Ray sur Internet et l’avons aimé pour ses faux-airs de Ben Harper et ses chansons au flegme de Jack Johnson. A peine contacté, il a aussitôt accepté de venir de Djakarta sur Bali pour nous rencontrer. Drôle de hasard, Riva est également son manager.
Ray choisit de reprendre la chanson ‘Drugs don’t work » de The Verve. Référence à ses années « folles » de jeunesse, nous explique-t-il. La voix du matin est encore un peu cassée, mais on se laisse aller à la sincérité brute de son interprétation ainsi qu’à celle de son titre « Today« .

D’autres titres de ces deux artistes seront disponibles dans quelques semaines sur le mini-site de Deezer, le partenaire musical de notre voyage. Celui-ci est accessible depuis notre blog ou depuis l’adresse : www.deezer.com/fr/app/alittlemusicworldtour

 

little_carte

De l’Inde à Bali

De l’Inde à Bali

Drôle de contraste dès notre arrivée à Bali. Et premières expériences de voyageurs au long cours, passant en l’espace de quelques heures d’un pays, devenu familier, à un autre, inconnu.

Nous quittons donc l’étouffante Chennai pour Denpasar. Au lieu de trouver le calme espéré, nous mettons une bonne heure à sortir de l’aéroport, puis une autre à traverser Kuta, le quartier de front de mer. Ici, le trafic est à peu près aussi intense qu’en Inde, les klaxons en moins. Mais, loin de l’authenticité indienne, les grandes chaînes, Mc Donald’s, KFC et Starbucks en tête, ont investi massivement le paysage. Échoppes de souvenirs, cafés branchés, hypermarché Carrefour : tout est fait ici pour que le touriste occidental retrouve rapidement ses repères. La plage et les cocotiers en plus. Nous séjournons un peu en retrait de cette étrange ambiance, dans les rizières, au hasard desquelles on devine de luxueuses villas pour touristes argentés.

IMG_2155_web

Contraste à nouveau, lors de notre arrivée à l’école Montessori de Bali qui nous accueille pour la semaine. Au lieu des 800 enfants indiens, ce sont soixante élèves qui évoluent à leur rythme, dans un cadre idyllique, piscine incluse. La plupart sont des enfants d’expatriés sur l’île.
Et petit choc, puisque l’on nous confie la responsabilité d’une vingtaine d’enfants, répartis sur trois niveaux, sans la présence d’aucun encadrant.Bali school
Bali school

Nous luttons, surtout les premiers jours, pour obtenir leur attention ; nous multiplions les jeux, avec des résultats plus ou moins convaincants. Et pourtant, les enfants nous réservent des petits moments de grâce, au milieu de l’éparpillement, comme cette chanson enregistrée spontanément lors de la première séance.


Après une délibération houleuse, les enfants choisissent comme animal l’étourneau de Rotschild (en anglais Bali Starling), espèce endémique de Bali, très fortement menacée d’extinction. L’occasion d’orienter le texte des enfants vers une (modeste) réflexion sur l’environnement et la nécessité de préserver l’île. Nous agrémentons la chanson de quelques instruments locaux, flûte et angklung, prêtés par le professeur d’indonésien de l’école.

 


Hormis quelques traversées insupportables de Kuta, point de circulation incontournable, nous nous laissons aller progressivement, à trois sur notre scooter, à la douceur de vivre balinaise, incarnée par les musiciens qui nous sont présentés (voir prochain article), ses traditions qu’on devine derrière les portes des temples ou en se perdant dans les quartiers populaires de Denpasar. Nous abordons notre deuxième semaine avec l’envie de dépasser l’image trop lisse de carte postale que nous avons eue jusqu’ici. Départ demain pour Ubud et les montagnes.

Crazy Chennai

Crazy Chennai

Tout le monde nous disait que Chennai était dépourvue d’intérêt. C’est tout à fait exact si l’on s’arrête à la frénésie du trafic, aux distances – Chennai est la quatrième mégalopole indienne, à la pauvreté, plus criante que dans les villes ou les campagnes que nous avions traversées jusqu’ici. Notre première tentative de prendre contact avec la ville pourrait presque nous décourager. Un chauffeur de rickshaw tente de nous arnaquer et nous devons hausser le ton, traverser une rue relève de l’exploit, la pollution prend à la gorge et la chaleur, plus qu’ailleurs, est assommante.


Heureusement, nous avons un certain nombre de rendez-vous avec des musiciens qui émaillent les derniers jours de notre séjour indien. Car Chennai est une capitale musicale, la facilité avec laquelle nous établissons les contacts en témoigne, et illustre parfaitement la richesse musicale indienne.
Alors que nous nous rendons à notre premier rendez-vous avec un jeune chanteur, Nishant, nous faisons à nouveau l’expérience de la dureté de la ville. Aucun rickshaw n’accepte de nous prendre. Ils démarrent sans nous donner d’explication. Nous finissons par comprendre que l’adresse que nous leur donnons est bien trop lointaine et qu’ils n’ont aucun intérêt à nous y emmener. Seul un taxi est susceptible de nous prendre. Du moins, c’est ce que nous explique Nishant qui vient nous chercher en voiture à notre guest house. Il sort tout juste du travail – il est informaticien, boulot alimentaire indispensable, car, comme pour beaucoup de musiciens à Chennai, il est difficile de vivre de son art. Nishant est la première personne qui se distancie très clairement des traditions indiennes. Son répertoire est constitué de reprises folk, exit les chansons 100% indiennes. Question de génération, nous explique-t-il. Il a vingt-trois ans et ses amis, comme lui, s’ouvrent à la culture occidentale. D’ailleurs, Nishant rêve d’un road trip en Europe.

nishant_blog

Le lendemain, nous évitons de répéter l’erreur de la veille et tentons de commander un taxi pour nous rendre au conservatoire de musique de Chennai. Il faut cependant s’armer de patience. Ici, les chauffeurs connaissent très vaguement les rues, et les numéros sont d’une parfaite inutilité. Il faut impérativement connaître les Landmarks, repères géographiques, comme une station-service ou un supermarché. Finalement, nous demandons systématiquement de l’aide à des indiens pour indiquer aux chauffeurs où nous souhaitons nous rendre. Les explications en tamoul durent généralement cinq minutes, mais au bout d’un mois passé en Inde, rien ne nous étonne plus vraiment.

miles_rahman
Le KM Music Conservatory est un bâtiment rutilant, ambiance de couloirs à la Google, au milieu d’un quartier populaire et juste à côté d’un immense terrain vague. La modernité du bâtiment jure franchement avec l’environnement. Des jeunes gens sont assis sur des canapés, leurs Mac sur les genoux, passant dans des salles de cours équipés d’ordinateurs dernier cri, de pianos électroniques. Le KM Music Conservatory, c’est le bébé de A.R. Rahman, connu en Europe pour la musique du film ‘Slumdog Millionaire’ de Danny Boyle. Ici, c’est une immense star, comme les principaux directeurs musicaux de Bollywood, souvent plus connus que les interprètes des chansons. Il est encore passé la veille, nous explique Adam, directeur des études, qui nous accueille dans l’établissement. Celui-ci nous explique que les étudiants, moyennant des études assez onéreuses, ont de bonnes chances de trouver un travail à la clef, puisqu’ à la fois Bollywood et Hollywood enregistrent en Inde leurs musiques de film. Évidemment, c’est moins cher. Et l’industrie du film n’hésite pas à faire répéter quatre à cinq jours de suite le même morceau à des musiciens assez médiocres pour obtenir le résultat voulu. Le conservatoire espère changer la donne en formant des artistes au bagage complet : ils reçoivent des enseignements de musique indienne traditionnelle et de musique occidentale. Comme nous pouvons nous en apercevoir en suivant les répétitions, la fusion des deux traditions est particulièrement riche.
 

 

En fin de journée nous sommes rejoints par Nikhita Gandhi, une ancienne élève du conservatoire. Nikhita chante ce qu’elle aime écouter. R’n’B, pop rock, mais aussi les tubes indiens issus des bandes-originales de productions bollywoodiennes. Comme cette magnifique interprétation d’une ballade du film Barfi. Toute la magie de l’Inde dans la pureté de ses vocalises.
 

 
Dans un tout autre registre, notre jeu de pistes musical aboutit à la musique « classique » carnatique, typique du sud de l’Inde. Balaji, un autre contact d’Anupama, notre amie de Pondichéry, nous rend visite un soir à notre guest house. Il travaille en tant que juriste à Chennai, mais est surtout issu d’une lignée de musiciens carnatiques. Son père est un violoniste très reconnu. Par son intermédiaire, nous sommes introduits auprès d’un duo de chanteurs carnatiques de Chennai. L’ambiance de l’appartement, très dénudé, est assez intimidante. Sans pouvoir comprendre la complexité du chant qu’ils nous offrent, le caractère sacré qu’il revêt fascine.

Les deux chanteurs nous renvoient ensuite avec notre taxi dans un dédale de ruelles. Nous n’avons pas très bien compris où nous allons, mais nous laissons porter, et atterrissons finalement dans le salon d’un professeur de violon, de vina, instrument à cordes typique du sud de l’Inde, et de chant.

La vina

Toute sa famille, des grands-parents aux enfants, assiste avec passion au cours que donne le maître à quelques adolescentes dans le salon. Il enseigne également à l’étranger, nous explique t-il, en Allemagne et aux Etats-Unis… par Skype. A la fin de la leçon, nous demandons aux jeunes filles quelle musique elles aiment écouter. Carnatic music ? Carnatic music ? Non, pas nécessairement. L’une d’entre elles ose dire qu’elle aime le rap et Eminem, elle se fait immédiatement rappeler à l’ordre par la femme du professeur qui lance des regards inquiets dans sa direction en espérant qu’il n’a rien entendu.

Notre séjour indien s’achève sur la cacophonie étonnante de Chennai. Direction Bali où nous espérons une ambiance un peu plus zen.

Où est Krishna ?

Où est Krishna ?

Notre semaine aura été bercée par l’atmosphère douce de Pondichéry, les baignades dans le Golfe de Bengale et la découverte d’Auroville, cette cité créée en 1968 par la Mère autour d’un idéal cosmopolite et universel et connue pour son Matrimandir, sorte de Géode dorée, et lieu sacré de méditation des aurovilliens. Le commun des touristes ne peut que l’observer de l’extérieur.

nina
C’est Nina, une aurovilienne, fraîchement adoubée par la communauté des 2000 habitants qui nous y accueille, après que nous l’avons rencontrée lors d’un déjeuner chez un couple d’Indiens, Anupama et Kannan. Nina fait partie des quelques 900 Indiens établis à Auroville. Nous lui posons de nombreuses questions sur les raisons qui l’ont conduite à s’y installer. Elle a vécu dix ans aux Etats-Unis, y a obtenu son doctorat d’écologie et y a travaillé quelques temps. Elle nous parle de son envie de revenir en Inde, puis de sa déception. La société a évolué extrêmement vite, dans un sens consumériste qu’elle n’a pas reconnu à son retour. Elle a ensuite voyagé en Inde, en Asie du sud-est, puis a découvert Auroville et s’y est trouvé bien. Il y a quelques mois, elle a été officiellement été acceptée en tant que « Newcomer », après une période probatoire d’un an. Elle réside dans le secteur dédié à la reforestation et à côté de son travail, participe à l’animation du Cinéma Paradiso ainsi qu’à une cellule d’intégration des artistes en résidence d’Auroville.
Nina nous donne des contacts de musiciens sur Auroville que nous pouvons essayer de rencontrer. Nous rendons visite à Aurelio, autrichien, qui est à la tête de l’atelier d’instruments de musique d’Auroville. Un de ses ouvriers tamouls nous fait la visite de l’atelier. Puis, se pose devant la déesse de la musique, Sarasvati, pour nous offrir un chant de moissons tamoul.
 

Aurelio, lui aussi, veut nous chanter quelque chose. Il nous donne quelques contacts supplémentaires de musiciens susceptibles de nous intéresser et de s’intéresser à notre projet.

Nous revenons en fin de semaine à Auroville, cette fois, avec une réservation dans une guest house tenue par un Français, André, un vieux de la vieille, barbe blanche et cheveux longs de rigueur, ainsi qu’une location de mobylette, car les distances sont grandes.
Commence alors un grand jeu de pistes qui ravit Miles, heureux de pouvoir à son tour actionner un klaxon sur les pistes d’Auroville. Car les distances sont longues entre les communautés aux noms souvent mystiques : certitude, fertile, solitude.

 

mobylette
A la Solar Kitchen, nous rencontrons Caroline, une Française établie depuis treize ans qui donne des cours de chant méditatif. Elle-même nous conseille d’aller voir Krishna, un Anglais, leader d’un groupe de fusion indien, Emergence, qui a visiblement une petite réputation derrière lui.
On le rencontre donc dans sa ferme de Solitude, en costume traditionnel tamoul, pagne et turban autour de la tête, et au milieu de sa famille indienne. On lui demande s’il serait prêt à chanter pour nous, il hésite, mais il surveille un chantier, ce n’est pas le moment, mais peut-être plus tard. Krishna nous conseille d’aller voir François, un violoniste-clarinettiste. François habite Fertile, nous le trouvons sur le chantier de sa cabane en bois, on discute quelques minutes, il nous parle d’autres personnes. On repmahduart sur notre mobylette qui peine à présent dans les côtes.
Le jeu de pistes nous entraîne finalement le lendemain sur la moto de Madhu, rencontré à un concert. Il fait partie d’une formation de percussions qui parcourt l’Inde en jouant avec les populations rencontrées. Il habite un village voisin d’Auroville et travaille dans un centre culturel où il nous amène. Nous sommes quatre sur la moto. En Inde, rien d’impossible. Comme pour Fred de suivre les rythmes de ce petit groupe d’adolescents répétant des rythmes traditionnels indiens sur des pneus et en tapant frénétiquement le sol.
 

 
Départ ensuite pour Chennai, quatrième ville indienne, mais étape incontournable de notre séjour indien, puisque qu’elle est connue pour être la capitale de la musique et de la danse.

 

Miles, Indian superstar

Miles, Indian superstar

Les Indiens aiment les enfants. La rareté des petits occidentaux les rendent d’autant plus l’objet de leur curiosité et de leur attention. Tape sur l’épaule, joue pincée puis main qu’on embrasse, nombreux « How are you ? », auxquels Miles a appris à répondre. Parfois intrusifs, mais toujours bienveillants, ces marques d’affection l’agacent parfois, même s’il accepte de se prêter au jeu avec nos explications. Exemple lors d’un court arrêt à la statue Gandhi dont Miles aime escalader le piédestal. De nombreux touristes indiens, venus parfois de loin, s’y trouvent également et réclament leur photo avec Miles qu’ils nous montrent ensuite, triomphants, sur l’écran de leurs téléphones portables.

 

Catch me if you can

Catch me if you can

Il aura fallu quelques jours pour que Miles sorte de sa réserve et accepte de jouer avec le petit groupe de musiciens avec lesquels nous travaillons. Pourtant, ils le sollicitent sans cesse, lançant des « Miles, how are you ? », auxquels il évite de répondre. A la faveur d’une récréation, Miles baisse la garde et accepte de répondre aux sollicitations des enfants. Catch me ! Catch me ! C’est une version nouvelle du jeu de chat qu’inventent les enfants.