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Alors on danse

Alors on danse

Pour notre dernière semaine asiatique, nous avons choisi les îles du sud de la Thaïlande. Promesse de carte postale, eaux turquoise, sable blanc et cocotiers pour réfléchir en toute sérénité au bilan de mi-parcours, de fin de continent.
Notre idéal de robinsonnade s’écroule dès la sortie du train de nuit, à l’embarcadère. La navette engouffre progressivement des cars entiers de backpackers, la vingtaine arrogante, peaux hâlées et tatouages qui se découvrent sans complexes sous les t-shirts aux couleurs agressives. Nous sommes l’avant-veille de la pleine lune et la jeunesse routarde débarque massivement sur l’île de Koh Phangan pour la Full Moon Party, fête géante à ciel ouvert sur une des plages du sud. Personne ne sait vraiment de quand date la tradition, probablement une vingtaine d’années, mais le bouche à oreille est devenu mondial et le secret subversif des premières années s’est éventé. On vient donc pour bronzer, danser, et boire aussi, en quantité. Pleine lune ou pas, la fête se répète invariablement tous les soirs, au gré des thèmes imposés. Pool party, Pirate party, Sexy party.

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Dès l’arrivée sur l’île, nous nous séparons de nos compagnons de traversée pour gagner le nord de l’île, plus sauvage. La plage sur laquelle nous sommes est en effet magnifique, une langue de sable nous sépare d’un îlot de jungle  sur lequel se couche le soleil. Et pourtant, nous ne parvenons pas à apprécier pleinement le décor, tant l’île semble s’être abandonnée à un tourisme massif, grignotant le moindre mètre sauvage de côte de bungalows identiques. Les touristes croisés plus tôt le matin arpentent à présent les lacets de bitume, Ray Ban sur le nez et cheveux au vent. Un groupe d’écoliers croisés sur la route nous surprend. On finit par oublier que les Thaïs habitent l’île, mais, semble-t-il, ils travaillent tous au service des touristes. Hôtels, restaurants, supérettes et magasins de t-shirts fluorescents s’alignent sans interruption sur plusieurs kilomètres que nous suivons, oubliant presque les panoramas sur les baies paradisiaques. Nous arrivons à la plage de la Full Moon. Il est midi, les corps fatigués de la fête de la veille se réveillent au son des basses d’enceintes braquées sur le sable et se délassent dans les vagues. Afin de mieux se préparer pour la prochaine soirée.

Qui dit fatigue, dit réveil
Encore sourd de la veille
Alors, on sort pour oublier tous les problèmes.
Alors on danse.


Hymne d’une jeunesse mondialisée, étrangement uniforme, dont nous nous sentons coupés, sans savoir si à l’origine de ce sentiment, ce sont nos années  qui passent ou bien les temps qui changent.
Le malaise ne nous quittera qu’en arrivant à Koh-Tao, l’île de la tortue. Plus petite, mais au tourisme plus varié. Ici, ce sont les fonds marins qui attirent les plongeurs du monde entier.  Même si, là encore, l’intensité de l’exploitation – nous sommes au cœur de la saison touristique – n’est pas sans laisser de traces. Les fonds coralliens que nous explorons à proximité immédiate de l’île sont souvent un cimetière gris d’où émergent  par endroits des chaussures en plastique égarées.

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Voilà peut-être résumés les excès de l’exploitation de l’incroyable richesse que nous avons pu constater pendant les cinq mois de notre parcours asiatique. La beauté, la simplicité de voyager, le coût de la vie sans aucun rapport avec les prix que nous connaissons en Europe, conduisent à une utilisation outrancière des ressources, au mépris de l’impact écologique, de la préservation du patrimoine, et de l’identité culturelle des pays. Or, notre exigence de voyageurs s’affine, nous vivons de plus en plus difficilement le divorce entre notre envie de découvrir vrai et la réalité parfois dérangeante du tourisme accessible à notre bourse. Sans pouvoir pour autant résoudre l’équation du tourisme mondialisé et sans vouloir surtout nous poser au-dessus de la mêlée dont nous faisons naturellement partie.

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Toute la semaine, nous vivons, comme les Thaïs, devant leurs écrans de télévision retransmettant les manifestations de Bangkok, au rythme des évènements qui animent la vie du pays. Espérant égoïstement que le conflit ne dégénère pas au point de bloquer notre départ lundi de Bangkok.  Situation trouble, complexe, pauvrement rapportée par les médias français. Il nous semble que les Thaïs avec lesquels nous en parlons sont majoritairement en faveur de l’opposition qui refuse le prochain scrutin législatif. Une réalité politique fragile, où la corruption s’oppose aux revendications démocratiques grandissantes. Face à une croissance économique qui ne semble pas encore connaître ses limites. Le constat vaut pour tous les pays que nous avons traversés jusqu’ici.

Nous tournons avec l’Asie une page riche, intense, souvent merveilleuse, parfois mélancolique de notre périple, nous abordons le changement d’horizons avec une réelle impatience et soif de nouveauté. Rendez-vous depuis l’été austral de Nouvelle-Zélande pour un nouveau chapitre de notre voyage.

One night in Bangkok

One night in Bangkok

Nous retrouvons Bangkok après trois mois de pérégrinations en Asie du sud-est. La fascination est intacte, même après les quatorze heures de trajet depuis Siem Reap. Sortis des lacets d’autoroute, les buildings s’élancent, lumineux, dans la nuit, tandis que notre taxi se fraie un chemin à travers la ville encore grouillante. Il est pourtant près de dix heures du soir.

Notre QG pour la semaine sera l’appartement d’Agathe, l’institutrice qui nous accueille pour la semaine au Lycée français international de Bangkok. C’est elle qui nous avait contactés l’été dernier alors que nous cherchions des contacts dans les écoles. Nous nous étions brièvement parlé au téléphone et l’invitation avait été aussitôt lancée.
Nous sommes au cœur de Thong Lo, artère bouillonnante de la ville. Restaurants et cafés, cuisine de rue, occupent pratiquement tout l’espace. C’est ici que les expatriés et les Thaïs aiment sortir. Le soir, des voix pâteuses d’alcool s’élèvent au rythme des chansons karaoké, les voitures roulent au pas, prises dans les bouchons, un feu d’artifice jaillit derrière les gratte-ciels, au loin.

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En journée, on découvre les coulisses du clinquant de la veille. Le ballet des vendeurs de rue, les constructions chancelantes cachées par l’ombre des résidences de luxe et des centres commerciaux gigantesques où le luxe tapageur s’affiche sans complexe. Sous le métro rutilant, les bateaux collectifs remontent les canaux, chargés d’écoliers en uniforme et d’employés en costume cravate. Du linge sèche sur les balcons des maisons en bois qui longent le Khlong, elles-mêmes dominées par les buildings.

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La ville tentaculaire semble digérer tous les contrastes. L’ancien et le futur, le minuscule et le gigantesque. Tout le monde semble trouver sa place. C’est le royaume du plein emploi. Pour acheter un biscuit pour le goûter de Miles, il n’y a pas moins de trois personnes par qui transite notre commande : celui qui la note, celui qui l’encaisse et celui qui met le cookie dans le sac.
A vrai dire, rien ne laisse présager du blocus de la ville qui se prépare. Les élections législatives approchent ; les chemises jaunes réclament le départ du gouvernement depuis le vote il y a quelques mois d’une loi d’amnistie. Nous nous perdons un après-midi sur l’avenue où se regroupe le noyau dur du mouvement.

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Scène musicale en plein-air, soupe populaire gratuite, stands de produits dérivés à l’effigie de la Thaïlande et de son roi, figure vénérée du pays. On se croit plus dans les allées de la fête de l’Huma qu’au cœur d’un mouvement insurrectionnel. Malgré la chaleur, quelques Thaïs se déhanchent sur la musique d’une sorte de Bob Dylan thaïlandais, guitare folk et harmonica aux lèvres. Une femme aborde Miles en lui tendant une bouteille d’eau fraîche. Elle est arrivée il y a six jours, difficile de comprendre grand-chose de son anglais approximatif sinon « Government Very Bad! ». Finalement, nous prenons un peu de hauteur, depuis le temple de la Gold Mountain. Dans la lumière déclinante, Bangkok s’étend à perte de vue.

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Tous les jours, nous trouvons un îlot de calme au Lycée français International de Bangkok où nous retrouvons Agathe et sa classe de CM2. Ses élèves manifestent la même énergie et la même envie que les enfants de l’école Sophy au Cambodge. Les propositions fusent, les idées circulent. Nous avons peu de temps, mais l’enthousiasme nous porte pour écrire la chanson de Tao, la tortue thaïlandaise.

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Le dynamisme, la générosité, ils le partagent avec Agathe qui nous abreuve de conseils pour découvrir et apprécier le Bangkok qu’elle aime, loin des sentiers touristiques. On retrouve grâce à elle le plaisir de préparer un petit-déjeuner, de faire une lessive ou la vaisselle et de nager sous la lumière des buildings dans la piscine sur les toits de sa résidence. Un tel cadeau pour des voyageurs au long cours n’a pas de prix.

Que reste-t-il ?

Que reste-t-il ?

Angkor était une promesse à l’enfance. Un souvenir un peu exalté de La Voie royale de Malraux, la vision romantique d’un monde oublié surgissant au milieu de la jungle, chaleur étouffante, cris d’animaux sauvages, l’espoir qu’on puisse encore découvrir des régions inexplorées. Et un passage obligé, donc, dans notre tour du monde.
A notre arrivée, nous retrouvons Maryse, la mère de Peggy, venue nous rejoindre pour une semaine.
Le camp de base, bungalows khmers et piscine de rigueur, est le point de départ de nos excursions et le lieu paisible de retrouvailles avant de partir à l’assaut des temples.

Ici, pas de machette pour se frayer un chemin, pas de boussole. L’aventure au XXIème siècle a pris d’autres atours. Celui des tuk-tuks qui se font dépasser par des bus déversant leurs flots de passagers sur les vieilles pierres. Et les armées de smartphones, caméras, appareils photos et tablettes en tout genre. On photographie sans distinction, poses langoureuses devant les arbres qui émergent des pierres. Les guides officiels abreuvent leur public d’anecdotes qu’on écoute d’une oreille distraite. Seule la preuve numérique fait foi. L’important, c’est d’avoir été, pas nécessairement d’avoir apprécié.
L’exploration s’apparente donc plus à un jeu du chat et de la souris afin d’éviter les heures de pointe.

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Pour visiter Angkor Wat, nous nous levons à l’aube, remontant à contre-courant le flot des touristes qui reviennent du lever de soleil. L’herbe à l’endroit de la prise de vue, la plus connue du temple, a disparu sous les piétinements des photographes. Nous avons deux heures devant nous, le temps du petit-déjeuner des tour-opérateurs, pour découvrir la finesse des bas –reliefs et des devatas (divinités, gardiennes des sanctuaires) qui nous sourient du haut des tours.

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Et puis, la fin de journée arrivant, les bus repartent vers Siem Reap, la ville voisine. La chaleur baisse, le soleil rasant baigne la forêt d’une douceur rousse, un temple apparaît au détour d’un chemin solitaire. On entend des cris d’oiseaux invisibles. Des racines ont fendu la pierre pour se frayer un chemin d’arbre vers le ciel. Les visages énigmatiques du Bayon nous narguent depuis leur poste d’observation. La beauté est encore là, quelques relents de mystère, et le sentiment de ne pas avoir complètement trahi le souvenir d’enfance.
Siem Reap laisse cependant une note mi-douce, mi-amère, pour terminer notre séjour au Cambodge.
Ilôt du tourisme, coupé des réalités, notamment celle de Phnom Penh où des ouvriers du textile se font tirer dessus par la police lors de manifestations en faveur de salaires plus élevés. Ici, autour du jour de l’an, l’industrie du tourisme bat son plein. Le soir du réveillon, les rues sont pleines des touristes mêlés à la jeunesse dorée cambodgienne qui arrive à grand renfort de scooters et de litres de bière. Les hôtels, allant de la modeste guest house au resort de luxe, affichent complets. On paie à prix d’or les entrées sur le site, les chauffeurs de tuk-tuk, les guides, sans vraiment pouvoir suivre à qui bénéficie dans le fond cette économie.

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Comme cette visite des villages flottants du lac Tonle Sap, à une trentaine de kilomètres de là. Des barques embarquent les touristes, les mêmes que ceux des temples, pour une vingtaine de dollars et défilent devant les maisons sur pilotis, devant lesquels les enfants guettent, à bord d’autres barques ou embarcations de fortune. Nous suivons un bateau de touristes coréens. Une femme a sur ses genoux une caisse remplie de paquets de chips qu’elle lance en direction des gamins qui se précipitent pour les attraper. Nous sommes au cœur d’un zoo humain dont nous nous échappons, Miles à la barre du bateau.

A Siem Reap, rares sont les hôtels qui ne proposent pas la visite de « leur » hôpital ou de « leur » école d’enfants déshérités. Les ONG sont légion, avec quelques pépites, comme le cirque Phare, qui soutient par ses spectacles d’acrobaties les enseignements de musique et d’art dans une école de Battambang. Mais, elles laissent entrevoir un autre pan du tourisme qui appelle à la compassion des touristes de passage. Leur nombre, leur qualité inégale traduisent surtout la difficulté des gouvernants à répondre aux besoins élémentaires de sa population.
Image déformée d’un pays paradoxal, en pleine explosion économique, mais aux écarts de niveau de vie troublants. Une démocratie encore muselée par un gouvernement qui opprime la volonté de changement. Le tout sous le spectre d’une histoire récente violente, et toujours douloureusement présente.

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De ces impressions contradictoires, nous gardons finalement les sourires des enfants de l’école Sophy de Pursat comme un moment de grâce et de vérité sur le pays.
L’enfance est loin, ses illusions aussi peut-être, mais depuis quelques jours, la douceur de la chanson de Trenet résonne étrangement. Nous avions rencontré Jason Ovelha un après-midi d’été sur les quais de scène à Paris. Caresse du vent dans les arbres, bateaux-mouches comme toile de fond d’une carte postale acidulée pour une année que nous vous souhaitons aussi douce que cette chanson.

 

White Christmas

White Christmas

Noël est arrivé sans prévenir, au bout de près de quatre mois de voyage. Quelques sapins artificiels posés çà et là à l’entrée d’un hôtel ou d’une station-service, des enfants aux bonnets rouges synthétiques de Père-Noël. Mais, voilà tout. Au pays des temples khmers, Noël est une incongruité, et le quotidien continue de se dérouler paisiblement.

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Pour parer à l’éventuel coup de blues de fin d’année, en voyant les amis et les familles se retrouver, on ruse. Depuis le calendrier de l’avent, au choix de l’étape du vingt-quatre décembre, on essaie d’établir un semblant de tradition. Puis, on constate avec surprise qu’on est déjà fin décembre. On n’a pas de cadeaux, on ne sait pas ce qu’on va manger au réveillon, mais, cette année, ce n’est pas grave.

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A Kep, station balnéaire au bord du Golfe de Thaïlande, on retrouve la mer, perdue depuis Bali ; le soleil, éclipsé par la pluie de Pursat. Et puis, nos amis les Gnous, égarés à Luang Prabang. Les retrouvailles sont joyeuses, agrémentées d’autres voyageurs rencontrés au gré de nos pérégrinations respectives. Barbara et Alexandre (Albatoor), Amandine et Joffrey. Nous embarquons tous pour l’île aux lapins pour une journée de baignades, de balade et de siestes dans les hamacs.

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Le soir du vingt-quatre, on se retrouve au bord de la piscine de l’hôtel de Joffrey et Amandine, tenu par un couple de Français. Appâtés par le menu au foie gras et au fromage de Normandie. Nous avons sorti le meilleur de nos garde-robes, nous redécouvrons le goût du vin, oublié depuis notre départ. Le soleil se couche, quelques lanternes s’envolent dans le ciel limpide d’étoiles.

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Puis, un arbre du voyageur transformé en éphémère sapin. Les cadeaux sont modestes, en taille et en nombre, il faut encore pouvoir fermer les sacs. Mais l’essentiel n’est pas là. Du moins, il faut essayer de les fermer pour finir de s’en convaincre.
A tous, un joyeux Noël sans neige, mais tout aussi blanc que le nôtre.

Don’t worry…

Don’t worry…

Depuis Phnom Penh, nous rejoignons Pursat, à deux-cents kilomètres, où nous allons passer une semaine. Comme pour l’Inde, c’est l’association Partage  qui nous a ouvert les portes de l’organisation cambodgienne Bandos Komar. Nous sommes d’ailleurs accompagnés d’un couple de Vichy et de leurs amis, venus rendre visite à leur filleule, élève d’une des écoles soutenues.
Située dans une région frontalière de la Thaïlande, Pursat est une artère passante, articulée autour d’un marché et de la rivière qui a donné son nom à la ville. Une rapide promenade à notre arrivée, sous une chaleur écrasante, nous fournit un aperçu assez large de la ville. L’orage finit par éclater, nous échouons dans un restaurant karaoké où un homme assis nonchalamment face à un DVD projeté sur grand écran, égraine des chansons d’amour sirupeuses. Difficile de faire son choix sur le menu, composé, entre autres d’œufs de fourmi, de grenouilles grillées et de pénis de taureau, devant des serveuses médusées. Elles ne comprennent que quelques mots d’anglais. Soirée de vague-à-l’âme, ils sont suffisamment rares pour qu’on puisse de temps en temps se permettre de les citer. La semaine s’annonce morne.

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A vrai dire, les sorties de route et les incursions dans le quotidien ordinaire d’un pays ne sont-ils pas l’essence de notre voyage ? Chaque passage dans une école s’accompagne de son lot d’incertitudes, de cette nécessité à recomposer face à des contraintes à chaque fois différentes. A l’image de cette route que nous empruntons le lendemain. La piste de terre battue est détrempée par l’orage violent de la veille. Les camions embourbés bloquent le passage, obligeant le chauffeur du 4×4 à chercher d’autres chemins pour la contourner. Il nous faudra près d’une heure et demie pour parcourir les quinze kilomètres qui séparent la ville de l’école. De part et d’autre de la piste, des buffles paissant au milieu des rizières, des champs de canne à sucre et des nappes de nénuphar recouvrant les plans d’eau.

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A l’arrivée, quelques élèves réunis autour d’instruments traditionnels nous réservent un accueil musical tonitruant. Ils sont quinze en tout à composer notre groupe de travail. A l’extérieur de la salle, les autres enfants se pressent dans l’entrebâillure de la porte et l’encadrement des fenêtres. Ils nous dévisagent, s’amusent des jeux que nous faisons faire à leurs camarades.


Il y a peu de mots pour décrire la magie de cette semaine passée avec eux. Au point de nous faire oublier les après-midis un peu mornes à attendre le lendemain matin. Malgré la difficulté à communiquer : les enfants ne parlent que le khmer, rendant indispensable la présence d’un interprète, Sokha, un professeur d’anglais de Pursat, dont les traductions et les qualités de pédagogue faciliteront largement notre tâche. Sans savoir au début comment résoudre l’équation impossible de la langue en si peu de temps, nous sommes portés par l’enthousiasme des enfants, qui nous attendent dès huit heures et demie dans la salle de classe, revenant même un jeudi, jour sans école.

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Dessinant à même le sol, laissant libre cours à l’imagination et nous donnant ainsi les clés pour contourner les obstacles linguistiques. En fin de compte, nous écrivons un court conte dans lequel le lapin, héros traditionnel des contes cambodgiens, vient en aide à la colombe française et réciproquement. Les instruments traditionnels illustrent les différents moments de l’histoire, à la manière de « Pierre et le loup ». Un court refrain en khmer introduit le conte. Lors de l’enregistrement, Miles nous étonne en proposant spontanément de lire la traduction française des textes rédigés par les enfants. Un moyen pour lui de se lier à eux, dans sa quête de compagnie de son âge.


Nous terminons la semaine par une balle aux prisonniers au milieu de la cour, sous les regards envieux de tous les autres enfants qui ont quitté leurs salles de classe pour venir nous voir jouer. Le jeu finit dans les larmes pour Miles, persuadé que son équipe a été volée. Et réconforté par notre petit groupe sur le banc de la salle de classe où il est allé s’isoler.
Be happy.

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Cambodia

Cambodia

Nous passons la frontière du Laos au Cambodge à pied, après que le car nous a arrêtés juste devant la barrière marquant la sortie du territoire laotien. Souvenir d’enfance de cette excitation mêlée à l’inquiétude, irrationnelle, de ne pas pouvoir passer. Mais les dollars drainés par le tourisme ont raison des douaniers cambodgiens qui se prennent au passage, nous ne savons pas pourquoi, une commission de deux dollars pour l’établissement du visa.

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Émerveillement d’enfant, cette fois, le même que celui de Miles aux côtés des dauphins du Mékong. Nous sommes à Kratie, un peu après la frontière, sur la route de Phnom Penh. Au début, on doute de les apercevoir. Puis, au fil de la dérive de la barque sur l’eau, on les découvre, gris, noirs, seuls ou en groupe, jouant à sauter à quelques mètres de nous.

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Le soir, à Kratie, nous retrouvons la douceur des couchers de soleil sur le Mékong. Quelques joueurs de saï (jeu d’adresse au pied avec un volant) investissent la promenade, tandis que la nuit tombe.

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La route vers Phnom Penh est difficile, dangereuse ; la conduite des chauffeurs de minibus tout autant. Nids de poule, tronçons de pistes jonchent le parcours transformant le parcours de deux-cents kilomètres en aventure de cinq heures.
Phnom Penh surgit enfin de la plaine. Au début, de simples faubourgs le long de la terre battue. Puis, la ville se densifie, les immeubles émergent, des flots de scooters attendent aux feux. Nous sommes assaillis par les « Tuk-Tuk ? » des chauffeurs.
Nous retrouvons pour la première fois depuis Bangkok le fourmillement des métropoles asiatiques.
Et aussi leurs paradoxes. Phnom Penh charme, autant qu’elle agace.

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Le jour, la vie respire par ses marchés saturés d’odeurs, de couleurs. Les touristes longent l’esplanade de la rivière, nourrissent les nuées de pigeons qui se massent devant le palais royal. On devine, en se perdant dans les rues, la splendeur passée de la « Perle d’Asie ». Il suffit de lever le regard au-dessus des trottoirs encombrés d’échoppes et d’enseignes pour apercevoir les façades des immeubles coloniaux et les scènes de vie qui se jouent sur les terrasses des étages.

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A la nuit tombée, la rue touristique de notre Guest House familiale se charge progressivement des filles en mini-shorts et hauts-talons qui attendent à l’entrée des bars leurs clients occidentaux. Les gamins des rues arpentent également les trottoirs, leurs regards ont perdu la flamme de l’enfance, ils passent de restaurant en restaurant dans l’espoir d’un dollar glané aux touristes. Le tout coexiste avec l’opulence qu’on devine derrière les vitres teintées des 4×4 de luxe que nous croisons.

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Lost in Cambodia. On fredonne les paroles de la chanson de Kim Wilde, bande sonore de ces scènes nocturnes au parfum capiteux des années 80.


Nous ressentons au Cambodge une violence sourde que nous avions oubliée au Laos. La croissance profite inégalement et nous redevenons, en tant qu’occidentaux, des proies toutes désignées. Il faut donc reprendre le pli de négocier.
Ce sentiment est sûrement renforcé par la forte impression que nous laisse la visite du centre S21, au cœur de la ville. L’ancien lycée a été transformé par les Khmers rouges en centre de torture par lequel sont passés près de 20 000 détenus. Ici, le souvenir est conservé à l’état brut. Les salles vides se succèdent, simplement illustrées par un lit en ferraille et des chaînes. L’exposition est ancienne, les photos de Pol Pot et de ses principaux complices ont été grattées à l’ongle jusqu’à disparaître. Un homme entretient la mémoire en aspergeant les barbelés qui recouvrent l’un des bâtiments d’anti-rouille. Dehors, la vie grouille, l’air de rien.

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Comme toujours, la rencontre des musiciens pour notre projet avec Deezer donne corps à un pays ou une ville. C’est encore vrai aujourd’hui, alors que nous filons en tuk-tuk vers un quartier excentré où des villas hollywoodiennes se succèdent sous les caméras de vidéo-surveillance.
Nous avons rendez-vous avec Laura Mam, une chanteuse américano-cambodgienne – on parle ici des Khmericans, actuellement au Cambodge pour une tournée. La maison appartient à sa tante qui vit en France, nous explique-t-elle au bord de la piscine. Laura fait partie de ces artistes issus de la diaspora khmère qui bénéficient aujourd’hui de l’émancipation de la musique vers d’autres genres, rock, rap, folk. Il règne sur la scène musicale un climat d’émulation très perceptible. Laura a du talent, nous nous en apercevons lorsqu’elle nous chante sa chanson khmère, dont les paroles ont été traduites de l’anglais par sa mère.

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Derrière le luxe de la villa, l’optimisme et l’enthousiasme très américains de Laura, se cache l’histoire douloureuse de sa famille. L’assassinat d’une partie d’entre elle par les Khmers rouges, la fuite de ses parents par la Thaïlande, les camps de réfugiés, puis l’asile en Californie où Laura est née. La première visite du Cambodge à l’âge de douze ans, le sentiment d’y reconnaître des racines, puis des études d’anthropologie à Berkeley où elle commence à apprendre le khmer, ses parents lui ayant toujours parlé anglais à la maison pour faciliter son intégration.
Laura est à l’aube d’une carrière de star au Cambodge, elle le sent certainement, mais garde une ouverture et une humilité qui laissent présager de sa longévité.
 

 

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L’autre rencontre, c’est celle de The Cambodian Space Project, la figure de proue du renouveau musical de la scène cambodgienne. Nous les avions d’ailleurs vu jouer à Bali et avions pris contact avec eux il y a plus de deux mois. Formation à géométrie variable, le groupe s’inspire des tubes de rock’n’roll de l’âge d’or cambodgien, celui qui a suivi l’indépendance et précédé le régime de Pol Pot.

 

The Cambodian Space Project, c’est surtout la personnalité et la voix incroyable de Chanthy, la chanteuse cambodgienne du groupe et son histoire.

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Issue d’une province rurale très pauvre, venue trouver fortune à Phnom Penh, enlevée par la mafia. Elle finit par s’échapper et trouve un emploi de chanteuse dans un restaurant karaoké où elle rencontre Julien, le guitariste australien avec lequel elle fonde le groupe. Depuis, celui-ci jouit d’une petite renommée, tourne un peu partout dans le monde. La tuk-tuk session qu’on devait tourner tombe à l’eau à cause d’une voix grippée, mais nous volons malgré tout une reprise en khmer au groupe, quelques heures avant le concert du soir dans un club de Phnom Penh.

La nuit est tombée, nous finissons la journée sur une terrasse à humer la fraîcheur en jouant au billard. La ville s’agite toujours en-dessous et on a, face à son intensité et sa crudité, une soudaine envie de campagne.

Le Sud

Le Sud

S’agit-il d’un mauvais calcul de la durée des visas qui nous a incités, dès Luang Prabang, à demander la prolongation de nos visas de tourisme pour le Laos ? Ou bien d’une intuition ?
A la veille de notre départ et après un mois et demi passé ici, nous avons le sentiment d’avoir touché du doigt une beauté indicible, cachée, celle de la lenteur qui définit le pays. L’aurions-nous perçue, si nous avions parcouru les distances plus vite ?
Aurions-nous fait, une fois Vientiane quittée, le détour par les grottes de Kong Lor, au prix d’une journée de minibus, brinquebalés par des amortisseurs élastiques sur des lacets d’asphalte, pour parcourir les 200 kilomètres qui nous séparaient de notre Guest House de Takhek ?

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Nous n’aurions pas traversé les sept-mille mètres de souterrains en barque, éclairés par la torche des bateliers, et ce sentiment primitif d’humilité, au cœur de l’obscurité de la montagne, face à l’œuvre de millions d’années.
Aurions-nous fait halte à Savannaketh, afin de nous couper la route ? Ville où le temps semble s’être suspendu aux façades coloniales défraîchies. Les habitants de la ville nous offrent le spectacle dans la nuit tombante de leurs intérieurs ouverts sur la rue, tandis que le Mékong absorbe les dernières lumières du jour. De l’autre côté de la rive, la Thaïlande nargue de ses lumières, seules quelques ampoules éclairent les attardés sur notre rive du fleuve.

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Aurions-nous pris le temps des trajets en bus local ? Lieu social par excellence, où la carlingue déjà surchargée accueille sans broncher les nouveaux passagers, les sacs de riz, les vélos placés sur le toit. Toutes les places sont prises, mais qu’à cela ne tienne, les passagers se tendent des tabourets en plastique et s’assoient dans le couloir. Le bus s’ébranle, pour quelques kilomètres à peine, car il y a toujours une personne à prendre au bord de la route, un paquet à décharger, des ravitaillements en nourriture où des femmes se pressent le long des fenêtres en tendant des brochettes, du riz gluant ou des fleurs de pavot. Les victuailles passent par la fenêtre en échange d’un billet. On repart et on met à peu près cinq heures à parcourir 300 kilomètres.
Nous voici à Pakse, portail d’entrée du sud. Sans grand intérêt, sinon sa situation de point de départ vers les escapades des environs.

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Nous cherchons notre chemin, après être sortis précipitamment du bus qui chargeait une centaine de cartons sur le dernier rang des passagers. Une berline s’arrête et un homme, nous voyant chercher, nous demande où nous voulons aller, dans un parfait français. Il emploie à notre égard le terme un peu suranné de « compatriotes ». Il ne connaît pas l’adresse que nous cherchons, mais nous indique comment la trouver.
Deux jours plus tard, nous retrouvons l’homme à quarante kilomètres de là, dans les hauteurs du plateau des Boloven. C’est la personne à qui nous avons été adressés par un ami des parents de Peggy. Inpong est propriétaire d’une plantation de café située autour de belles cascades qui font des Boloven un des passages incontournables des circuits touristiques au Laos. Depuis son poste de commandement qui surplombe la rivière, Inpong divertit les compatriotes prêts à passer quelques heures avec lui, de ses anecdotes tirées d’un parcours que l’on reconstruit au fil de la conversation. Issu de l’aristocratie laotienne, Inpong étudie à Vientiane, puis au Vietnam avant de partir faire ses études en France où il restera plus de cinquante ans, en partie pour fuir la révolution qui a chassé la monarchie du pays au milieu des années soixante-dix. Il y a cinq ans, il revient au Laos, achète des champs de café. Il est à présent à la tête d’une petite entreprise où se succèdent le week-end les bus thaïlandais qui déversent leurs flots de touristes vers ceux des cascades.

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« D’origine laotienne, de nationalité française, citoyen du monde », déclame Inpong théâtralement devant son public conquis. Avec Miles, il parle glaces, une passion commune, et ensemble, ils se dévoilent leurs meilleures adresses laotiennes et bretonnes, car Inpong retourne tous les ans voir ses enfants en France.
Nous serions-nous accordé cet arrêt à Champasak, ancienne résidence monarchique, oubliée des guides touristiques ? Devant notre chambre, des hamacs posés au bord du Mékong sont une invitation à suivre le rythme ralenti des barques qui remontent le fleuve. Les journées se déroulent paisiblement au rythme des balades à vélo, sans autre but précis que celui de humer la sérénité qui se dégage des sourires croisés au hasard des chemins. Le soir, nous retrouvons les enfants sur la pelouse d’un wat pour des parties de foot passionnées.

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Tandis que nous passons nos derniers jours avant le passage de la frontière cambodgienne sur les 4000 îles, perdues au milieu des rapides du Mékong, c’est déjà une forme de nostalgie qui nous accompagne. Non pas parce que nous versons dans une vision naïve de carte postale : nous percevons la pauvreté, les disparités ente ville et campagne, l’accès inégal à l’éducation et aux soins, la corruption d’un régime communiste suranné, les appétits des voisins thaïlandais, chinois et vietnamiens qui voient dans leur petit voisin un diamant brut à dépiécer. Le tourisme, encore balbutiant dès qu’on sort des grands axes, est amené à se développer rapidement. Mais, ce que nous ressentons surtout, c’est une paix sociale durable, une sérénité, du plus démuni au plus aisé qui accueillent l’étranger de leur sourire et de leur « Sabaidee ».
Inpong, en nous quittant, commente son pays : « Les laotiens sont un peuple pacifique. Ici, c’est Lao Style ».

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On dirait le sud,
Le temps dure longtemps,
Et la vie sûrement
Plus d’un million d’années.
Et toujours en été.

Douce France

Douce France
Nous ne devions rester que quelques jours à Vientiane, mais une suite de rencontres nous amène rapidement à revoir nos prévisions. Grâce à Noussone, la femme de Jérémy, le guitariste d’Uluvus, nous faisons la rencontre de Mme Khamsoy à l’Institut Français. Toutes deux y enseignent le samedi. Mme Khamsoy est coordinatrice pédagogique de la section bilingue du Lycée de Vientiane, établissement de plus de trois mille élèves âgés de 10 à 17 ans, où les classes moyennes supérieures laotiennes envoient leurs enfants. Parmi eux, un peu plus de quatre cents élèves fréquentent les classes bilingues françaises. Mme Khamsoy, la soixantaine, nous explique dans son français irréprochable que la plupart des élèves préfèrent aujourd’hui apprendre l’anglais.

 

Miles Vientiane
Il faut bien admettre que les élèves de la classe C1-1 (10-11 ans) sont loin d’être bilingues. Ils restent souvent interdits devant nos questions ou nos explications et nous sommes obligés de recourir à l’interprétariat de Mme Khamsoy ou de ses collègues. Pour autant, l’enthousiasme des enfants, une fois qu’ils ont compris ce que nous attendons d’eux, est indiscutable. Ils se prêtent avec malice au jeu de la pâte à modeler magique, cherchent à entrer en contact avec Miles en le prenant en photo avec leurs téléphones portables.

 

En quatre jours et quatre séances d’une heure à peine, il faut cependant faire vite. Or, le modèle éducatif laotien s’avère redoutable dans l’art de la répétition. La balade de l’éléphant est apprise en l’espace d’une journée.

 

Balade de l'éléphant

 

Lors d’une dernière répétition menée au pas de charge, nous sommes prêts à monter sur scène. Car, le dernier jour de notre intervention coïncide avec les Jeux Interscolaires de la francophonie. Devant les officiels laotiens et français ainsi qu’une centaine d’élèves, il nous faut improviser un discours, puis chanter avec les élèves.

 

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Nous participons ensuite à la passion collective autour de la joute qui a lieu sur l’estrade. Venus de quatre provinces du Laos, les élèves des classes bilingues s’affrontent et doivent répondre à des questions de français et de culture générale. Alors que les candidats sèchent à la question : « Dans quelle ville se trouve le château de Chambord ? », Miles court pour donner la réponse. « Trop facile, commente-t-il, ils ne vivent pas en France, pour eux, c’est compliqué« . Peut-être oublie t-il que nous lui avons glissé la solution dans l’oreille.

 

 

Notre intervention au Lycée de Vientiane se terminant tous les matins à neuf heures, nous retrouvons aussitôt après le calme de l’Institut Français voisin. Havre de paix et centre névralgique de la communauté française de Vientiane, on y croise de nombreux Laotiens qui viennent apprendre la langue ou assister aux nombreux évènements culturels.
Miles y passe de nombreuses heures, plongé dans les bandes-dessinées; nous renouons avec la presse française pour constater avec un peu de peine l’atmosphère métropolitaine moribonde qui s’en dégage. A mille lieues du calme rayonnant de l’Institut et de ce sentiment – sentiment que nous retrouvons de nos longs séjours respectifs à l’étranger – d’appartenance à une culture francophone encore vivace et positive.
Douce France. 
Comme ce réveil à quatre heures du matin pour découvrir – alors que nous n’y croyions pas – une équipe de France qui réalise l’improbable. Et cette amende honorable devant Miles au petit-déjeuner. Ne jamais cesser de croire en son pays.

 

La balade de l’éléphant :

 

That Luang style

That Luang style

Vientiane, la capitale laotienne, a des allures de ville de province. Relativement peu étendue, moins d’un million d’habitants. Pourtant, elle tranche radicalement avec ce que nous avons vu jusqu’ici du Laos. Immenses chantiers, centres commerciaux et berlines allemandes, on sent une cité en mutation. Le tout avec l’étonnante décontraction laotienne, celle qui nous accompagne depuis quelques semaines, et une touche de francophilie. Les bistrots et boulangeries sont nombreux et il n’est pas rare qu’on s’adresse à nous en français.

That Luang

 

That Luang

Nous arrivons tout juste pour le festival du Pha That Luang, temple bouddhiste, emblème national. Pour l’occasion, plusieurs centaines de moines viennent des quatre coins du Laos, mais aussi de Thaïlande et du Cambodge pour une cérémonie de trois jours.
Autour du stupa doré qui surplombe une colline, des dizaines de stands sont installés dans une sorte de foire géante où les vendeurs ambulants, mais aussi Pepsi, Samsung, Apple rivalisent de décibels pour faire passer leur message publicitaire. Des militaires armés jusqu’aux dents surveillent le tout d’un pas nonchalant. Vestiges anachroniques d’un des derniers régimes communistes qui assiste impuissant au déferlement consumériste de la mondialisation. Dans ce décor, les Laotiens sont nombreux à déambuler : des scènes hurlantes ont été dressées un peu partout sur l’esplanade. A la sortie de l’une d’entre elles, nous croisons par hasard les membres du groupe (Uluvus) que nous devons enregistrer le lendemain matin. Ils viennent de finir la balance pour le concert qu’ils donnent le soir même.

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Nous suivons Jérémy, le Frenchie du groupe, chez lui pour échapper au vacarme. On y rencontre Noussone, sa femme, et leurs deux enfants. Ils vivent à Vientiane depuis quelques années, tous deux soucieux de retrouver leurs origines familiales et de les transmettre à leurs deux fils. La mère de Jérémy est d’origine laotienne. Noussone a vécu jusqu’à cinq ans dans un camp de réfugiés en Thailande avant de venir s’installer en France avec sa famille.
Jérémy nous raconte l’histoire originale du groupe Uluvus (à prononcer You love us), composé d’expatriés comme lui. A l’origine un groupe de reprises. Puis, un jour, Chris, le chanteur australien s’est essayé à l’écriture en lao. Le résultat est assez étonnant, et Uluvus jouit d’un petit succès au Laos. Les trajectoires des uns et des autres ont fait que le groupe s’est disloqué entre l’Australie, la Thaïlande et la Suisse. Mais pas de fin malheureuse à la Beatles, ils se retrouvent de temps en temps pour quelques dates. Comme ce soir, pour le festival du Pha That Luang.

 

That Luang
Nous retrouvons donc Jérémy sur scène. Entre-temps, la foule s’est densifiée devant la scène sponsorisée par Beer Lao, la principale marque de bière locale. Le public est très jeune, les filles arborent appareils dentaires et serre-têtes lumineux. Les garçons nous servent des bières tirées de pyramides de canettes. Miles, hissé sur les épaules de Fred, se prête à une séance photos devant les téléphones portable dernier cri des adolescents. On se trémousse sur une reprise par un groupe lao de Gangnma Style, on reprend en chœur les refrains d’Uluvus, le tout dans une ambiance, toujours assourdissante, généreusement alcoolisée de Beer Lao. Mais bon enfant.

Nous retrouvons les membres d’Uluvus au petit-déjeuner du lendemain matin. Les lunettes de soleil sont de rigueur, malgré le ciel couvert; la voix de Chris, encore un peu enrouée du concert de la veille. Au bord du Mékong, les garçons enfilent le t-shirt controversé apporté par Tom, le Britannique. Tim, l’autre Australien de la bande, porte la flûte traditionnelle, le khene, tandis que Chris s’assoit sur un scooter garé le long de la rive, complétant parfaitement le décor improbable de cet enregistrement (à écouter dans quelques jours sur www.deezer.com/app/alittlemusicworldtour).

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Five Hundred Miles

Five Hundred Miles

Dès notre arrivée, Luang Prabang nous invite au rythme pacifique des novices et des moines bouddhistes qui arpentent ses rues aux mille wats. La ville est une petite perle nichée entre le coude du Mékong avec la rivière Khan.

 

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Bien sûr, on y croise de nombreux touristes, en majorité français, comme ceux rencontrés au pied du stupa Phusi qui surplombe la ville. Nous nous amusons à écouter les commentaires, parfois cocasses, de nos compatriotes, en attendant que le soleil disparaisse au-dessus du Mékong, avant l’explosion de clichés numériques de 17h 35. Nous sommes parmi au moins cent-cinquante touristes venus immortaliser l’instant. Évidemment, nous avons tous suivi les mêmes conseils des mêmes guides touristiques.

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Cela étant, le retour au tourisme massif n’enlève en rien au charme de la ville où nous retrouvons, le temps d’une semaine, des semblants de vie sédentaire.
Miles est autorisé à emprunter des livres à la bibliothèque de l’Institut Français et s’offre des séances orgiaques de lecture de bandes-dessinées.

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Le soir, nous retrouvons traditionnellement – et avec grand plaisir – les gnous (Cf. Thaïlande, village du monde), retrouvés au bout de quelques jours. Nous avons nos adresses de meilleure pâtisserie, meilleur café, meilleure crêpe ou meilleure baguette. S’il y a bien un domaine où la présence française semble avoir laissé des traces, c’est bien celui de l’art culinaire.

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Notre semaine se déroule donc au rythme tranquille des balades en bicyclette dans les villages alentours, des baignades dans les eaux turquoise des cascades, des traversées en barque du Mékong et des des tartelettes au citron. Il nous ferait presque oublier notre quête de musiciens. Car, au fil des jours, nous constatons la difficulté à les trouver. Pas de musique de rue, hormis un violon grinçant sur le marché de nuit. Nous apprenons qu’elle n’est pas autorisée, sans en connaître les motifs, le régime communiste laotien semble bien plus permissif que celui de son voisin chinois. Et puis, surtout, le Laos, petit pays enclavé, est arrosé par le marché musical de sa grande sœur thaï. Ici, on écoute des chansons pop acidulées, les mêmes que nous entendions à Bangkok.

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Nous nous apprêtons à rejoindre Vientiane bredouille, lorsqu’au hasard d’une balade à vélo et d’un chemin de traverse dans les faubourgs de Luang Prabang que nous découvrons la Music for everyone School,  Nous sommes reçus par Max, son directeur. L’association accueille toute la semaine plusieurs dizaines de jeunes des alentours, enfants et adolescents, met à leur disposition des instruments, guitares, batteries et claviers. Des bénévoles animent des cours collectifs. Le tout gratuitement.
Dans le pavillon lao, des accords de ukulélé croisent les répétitions de batterie. Quelques élèves ont accepté de jouer des morceaux pour nous. Les voix sont timides, les accords encore imprécis, mais l’enthousiasme est communicatif.

 

 

 
Comme depuis le début de notre voyage, nous constatons que la vie sédentaire ne nous convient qu’un temps. La route nous appelle, nous visons la capitale Vientiane, puis le sud.
Five Hundred Miles.
Away from home.