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Life on Mars

Life on Mars

Peu importe qui on rencontre sur la route en Bolivie. La question est toujours : « Vous avez fait le salar ? » Le secret d’initié s’est éventé au fil des années et l’excursion à travers les paysages immaculés du sud bolivien est devenu un incontournable des parcours en Amérique latine.
Dès notre arrivée à Uyuni, la porte d’entrée du désert de sel, nous en faisons amèrement le constat. Tout tourne ici autour des excursions en 4×4. Les agences rivalisent dans les arguments et les prix cassés pour attirer à eux les touristes fraîchement débarqués des bus et des trains qui arrivent en ville. Nous en faisons les frais en réservant un peu trop vite une excursion auprès d’une femme qui nous aborde dès notre descente du bus de Potosi. Le 4×4 ne paraîtra jamais, nous perdons finalement une journée de plus à Uyuni, ville au tourisme triste, entre les rabatteurs des agences qui arpentent le pavé, les pizzerias sans âme qui nourrissent les groupes de touristes qui, comme nous, déambulent sans but dans les rues, en attente de leur excursion.

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La contrariété du faux-départ se dissipe finalement, une fois tracés les premiers kilomètres. Notre chauffeur, Aymar, se contente de commentaires laconiques, les mêmes que ceux sur la brochure que nous a fournie l’agence. Il faut dire qu’en plus de nous conduire à travers les paysages boliviens, il doit également nous préparer les repas, le tout sur un rythme effréné de longs trajets de piste, entrecoupés de la traditionnelle phrase : « Pueden caminar y sacar fotos ». A chaque arrêt, nous retrouvons la petite dizaine de 4×4 qui effectuent le même tour que nous et les touristes qui s’adonnent aux mêmes séances de mitraillage photo.

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Mais, cela serait faire une injustice aux paysages sublimes que nous traversons que de ne s’arrêter qu’à cette impression. Le salar, c’est la réduction à un seul mot, de paysages bien plus vastes, bien plus étonnants que la seule mer de sel. Nous traversons des paysages lunaires, à moins que nous soyons sur Mars, finalement nous ne savons plus très bien. Les explications d’Aymar, le chauffeur, ne nous avancent pas beaucoup plus, mais, finalement, cela n’a pas grande importance, nous sommes ailleurs. Au milieu des geysers dont la vapeur hante le jour qui se lève tout juste. Ou bien dans cette piscine naturelle à 37°C, dénichée à une centaine de mètres du bassin en béton où les autres groupes se pressent. Miles refuse de sortir de sa baignoire improvisée. Nous sommes à 4200 mètres, il fait 2°C dehors. Les instants de paradis se méritent.

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Et même si les nuits sont fraîches, même si la route longue, on aime notre groupe de voyageurs. Pablo et Tony, les Toulousains en vadrouille pour plusieurs mois en Amérique du sud. Viktor, le Suédois, qui ne parle pas un mot d’espagnol. Ni un mot de Français d’ailleurs. Mais le voyage se fiche des langues. Le soir, on se retrouve autour d’une partie endiablée de Uno, avant de s’endormir dans le même dortoir.

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Après un trajet épique entre Uyuni et Tupiza où nous avons tremblé à chaque virage, tandis que les Boliviens dorment ou discutent comme si de rien n’était, nous nous apprêtons à quitter la Bolivie, avec ce sentiment retrouvé d’une authenticité rare, mais à la fois extrêmement fragile. Le tourisme se développe de manière rapide, importante, les infrastructures commencent à suivre. Et un mur invisible se dresse entre les Boliviens, soucieux de garder leur intégrité, et nous autres gringos, avec nos rêves d’ailleurs, bien loin de la réalité quotidienne d’un pays difficile, perdu au milieu des montagnes, écrasé par sa pauvreté.

 

 

Sweet Sucre

Sweet Sucre

Sucre, au sud de La Paz, nous offre un nouveau visage de la Bolivie. Loin de la frénésie de la circulation, des constructions inachevées en brique, les murs blanchis à la chaux, la succession d’églises coloniales en font une ville en complète opposition avec sa capitale. Vers cinq heures, les nombreuses écoles vident leurs flots d’élèves dans les rues et sur la Plaza de Armas. On découvre la jeunesse citadine, celle qui nous avait étrangement échappé à La Paz.

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Depuis la chambre d’hôtes d’Ebo et Tania, un couple germano-péruvien installé tout en haut de la ville, nous goûtons le calme de la cité. Miles joue avec Basti, leur fils ; nous observons depuis l’avancée de notre fenêtre l’immense orage qui s’abat sur Sucre. Ebo nous fait bénéficier de ses conseils en espagnol teintés d’un fort accent allemand.
Nous partons à la découverte des montagnes environnantes sur la route pavée des incas, en direction du cratère de Maragua, déformation géologique qui modèle le paysage de dégradés surprenants, sous l’ombre des nuages annonceurs d’un orage d’une rare violence.

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Le temps n’aura pas été de la partie lors de notre semaine à Sucre, nous obligeant à abréger la découverte de la ville et des environs pour fuir les averses.
Miles retrouve avec un plaisir intact les livres de l’Alliance Française. Point de ralliement de trois autres familles françaises qui se trouvent, par hasard, au même endroit. Arnaud, Vanessa et leur fille Louanne (3) (le tour du monde à 80cm) dont nous suivons presque le même parcours depuis notre départ en septembre. David, Camille, Lucile (9) et Félix (7) (Dacaluf) à bord de leur camion de pompier aménagé pour deux années de vie commune à travers l’Amérique du sud, puis l’Afrique. Tony, Véronique et Nao (4) (Dredanslpentu), partis il y a six mois en vélo pour une traversée du continent sud-américain. Nous nous retrouvons pour un apéritif improvisé à l’intérieur du camion garé dans une ruelle, les enfants disparaissent aussitôt dans le square voisin. Ils ont en commun l’empressement à se lier d’amitié, car ils savent ces moments trop rares et trop courts pour se permettre de perdre ne serait-ce qu’une minute de jeu. Nous repartons à minuit dans la nuit de Sucre, remplis de l’énergie communicative des voyageurs.

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Car, il faut déjà reprendre la route vers le sud. La montagne de Potosi, perchée à plus de 4000 mètres, domine la ville, au charme colonial suranné. Ville florissante du temps de la colonisation en raison de ses mines d’argent, la montagne n’a plus de minerais à revendre, dépouillée au fil des siècles. Les mineurs, continuent d’y risquer leur vie chaque jour. S’ils échappent aux effondrements à l’intérieur de la montagne, ils ne survivent généralement pas à la silicose qui les rattrape vers quarante ans. Dans le centre, de nombreuses agences arborent des photos de touristes habillés en mineurs. La ville a fait de la visite des mines une attraction touristique assez incontournable. L’argent, dit-on, part aux coopératives de mineurs. Les agences rivalisent d’éthique, selon leurs dires. Mais, nous préférons flâner dans la ville où résonnent les notes d’une fanfare et redouter de loin la montagne qui dirige la ville. Demain, nous repartons déjà, vers Uyuni et sa mer de sel, dernier temps fort de notre parcours bolivien.

El condor pasa

El condor pasa

Nous passons la frontière péruvienne au volant d’un étrange taxi collectif. La voiture est flambant neuve. Mais sa conductrice cale, dès la sortie du terminal des collectivos. La faute à une boîte de vitesse trop sensible, nous explique-t-elle. Quelques minutes plus tard, à cheval sur deux voies, dépassés par d’autres voitures excédées, nous commençons à douter de ses explications et tremblons jusqu’à notre arrivée à Tacna, côté péruvien. De nos remarques, elle n’en fera rien et continuera jusqu’à la fin à mettre sa conduite sur le compte de la circulation au Pérou.

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Il est vrai que le passage de frontière s’accompagne d’un fort contraste. Le sud désertique est désolé, la pauvreté affleure au travers des masures construites à même le sable ou dans les immenses faubourgs d’Arequipa, seconde ville du Pérou. Les consignes de sécurité qu’on nous assène depuis quelques jours, mêlées aux récits de voyageurs malheureux, nous poussent à une vigilance accrue. Est-ce un mythe ou une réalité ? L’Amérique latine joue de l’insécurité, corollaire de la pauvreté, plus palpable ici qu’au Chili. Le centre d’Arequipa offre toutefois une respiration aux voyageurs de passage. Depuis la terrasse de notre hôtel, nous observons les volcans qui entourent la ville.

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Juste au-dessous de nos regards, le somptueux monastère de Santa Catalina. Derrière ses murs blancs, se cache une ville dans la ville, doux mélange d’ocre et de cyan, dans lequel on imagine la vie repliée des dominicaines, filles de familles nobles espagnoles, dans le confort de leurs maisons de poupée. De la communauté subsistante, on ne devinera rien. Il reste une vingtaine de sœurs qui vivent cachées du public. Tout autour, des hôtels particuliers, d’autres monastères, qui, presque par miracle, ont échappé aux destructions des séismes et des volcans.

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D’Arequipa, nous continuons notre survol du Pérou, à la manière du condor. La Bolivie est notre véritable destination. A l’approche du lac Titicaca, les silhouettes empesées des femmes et de leurs jupons superposés, défilent devant les vitrines de notre restaurant. Avant-goût de culture andine auquel nous n’avons pas le temps de goûter. Il faudra revenir afin de se faire une idée plus nette.
Depuis Copacabana, côté bolivien, nous embarquons presqu’immédiatement pour l’île du soleil, Isla del Sol, perchée à près de 4 000 mètres d’altitude.

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Des gamins s’empressent de se saisir de nos bagages. Nous comprenons au pied de l’escalier des Incas pourquoi. A cette hauteur, chaque effort coûte. Nous peinons à suivre le rythme des enfants, chargés de nos sacs. A l’arrivée à notre hôtel, l’incroyable récompense. Un des plus beaux paysages de notre périple s’ouvrant sur le lac d’un bleu limpide. Au loin, derrière la rive, des sommets enneigés. En contrebas, les champs où des silhouettes de tableaux naïfs s’activent, au milieu des ânes et des alpagas. Au bord du chemin, des femmes vendent les pulls en laine d’alpaga aux randonneurs. Dans le jour tombant, Miles se mêle à des enfants qui jouent au ballon. Il faut souvent courir derrière car il dévale les pentes. Les enfants le font sans difficultés. Le jeu se poursuit dans un grand cache-cache. On retrouve le goût rare d’authenticité qui rend les voyages si beaux.

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De retour à Copacabana, nous nous séparons de Dominique, la mère de Fred, qui retourne à Santiago. Nous poursuivons notre route à travers les magnifiques paysages de vallées encaissées vers La Paz, l’étrange capitale bolivienne.

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Trépidante, bruyante, sale, pauvre, peu sûre, et pourtant fascinante, dès lors qu’on prend de la hauteur pour observer l’incroyable concentration humaine, à 3 800 mètres, au milieu des sommets enneigés qui la dominent.
Nous sommes au cœur de l’Amérique latine.

Les Cactus

Les Cactus

En quittant Santiago, nous prenons conscience de l’étendue du Chili. Les trajets de bus sont longs, une trentaine d’heures pour rejoindre le nord du pays. Plus encore pour aller dans le sud. Pour nous alléger le trajet, nous nous arrêtons à La Serena, station balnéaire, où la côte aride est ciselée par les vagues du Pacifique. Nous les apercevons depuis la croix du Millénaire, construction de béton qui domine la ville voisine de Coquimbo. En contrebas, sur le port, des lions de mer agglutinés sur les rochers attendent les restes des poissons jetés par les restaurants du front de mer. Du haut des baraques, des dizaines de pélicans les observent.

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Depuis La Serena, nous repartons en direction de San Pedro de Atacama. La végétation se raréfie tandis que nous prenons de l’altitude. Oasis en plein milieu du désert, le village est le lieu de départ d’excursions vers les paysages lunaires alentours. Nous gravitons depuis notre hôtel dans des paysages désolés, mais magnifiques. Dunes de sable, canyons de schiste creusés par des océans disparus, une étendue d’eau sur le salar où de jeunes flamants roses prennent leur envol. Les étapes sont cadencées par les commentaires des guides hispanophones qui accompagnent notre montée dans la cordillère. Elle culmine à 4200 mètres, devant les lagunes de l’Altiplano. L’oxygène est plus rare, l’air frais. Miles réussit malgré tout encore à courir au milieu des paysages spectaculaires. Lacs d’eau salée d’un vert émeraude étincelant. De l’autre côté de la rive, des vigognes se reposent au bord de l’eau.

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Pour se reposer de l’altitude qui rend le sommeil léger, nous nous retrouvons à l’ombre du patio de la Rose d’Atacama, un hôtel-bibliothèque tenu par deux Français. Les romans de Luis Sepulveda sont en bonne place sur les étagères du bureau. La chanson de Dutronc résonne depuis la bibliothèque.  Aurélien nous indique des musiciens qu’on pourrait rencontrer en ville. Question de continuer notre collection de chansons du monde, après une pêche un peu maigre à Santiago.

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Nous rencontrons Jorge et Fabian du groupe Ataca Ama à quelques minutes du concert qu’ils donnent dans un restaurant de San Pedro. Ils nous donnent rendez-vous le lendemain dans une auberge de jeunesse colorée où ils nous interprètent une chanson aux rythmes du salar. Visage buriné par le soleil (« Soy pura sal »), voix éraillée par les années passées dans le désert. Difficile d’y vivre en tant que musicien, évidemment. Heureusement, le tourisme attire suffisamment pour leur permettre de donner des concerts hebdomadaires.

De retour au bord du Pacifique, à quelques kilomètres de la frontière péruvienne, nous glanons les derniers instants chiliens de notre périple. Nous aurons fait l’impasse sur la Patagonie et l’extrême sud, mais un tour de la planète impose des choix qui offrent autant de perspectives de futurs voyages. Nous avons fait celui du nord, des hautes altitudes et de la culture andine. Nous quittons le Chili pour une rapide traversée du Pérou en direction de la Bolivie. En remontant les Andes, nous continuons notre plongée dans l’Amérique latine.

En la ruta de los Andes

En la ruta de los Andes

Les amis de nos amis sont nos amis.
Nous avons pu vérifier l’exactitude de l’équation en posant nos valises à Santiago. La capitale est loin de posséder le charme tranquille de Valparaiso, à deux heures de route de là. Encaissée entre les montagnes, loin de la mer, elle accumule bouchons et pollution. Et près de la moitié de la population chilienne. Il fait chaud ; les déplacements en bus ou en métro sont longs, l’atmosphère moite des rames rappelle celle d’un jour de canicule à Paris. C’est la rentrée, et la ville fonctionne déjà à plein régime.

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Depuis le quinzième étage de l’immeuble où nous avons trouvé un studio pour la semaine, nous trouvons du calme, malgré quelques secousses sismiques, et profitons des magnifiques ciels couchants qui transfigurent la ville pendant quelques minutes. A vrai dire, le charme est aussi en bas. Au Parque ForestalMiles fonce à travers les allées sur une voiture à pédale, au milieu des stands de barbe-à-papa et des vendeurs de glaces.

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Dans le petit restau d’Arthur, un ami de fanfare de Fred. Nom chilien, El Barisino, pour une cuisine française généreuse, au milieu d’un paysage culinaire un peu désertique. Arthur, justement. Lorsque nous recherchions des contacts d’écoles au Chili, il a envoyé un message à quelques-uns de ses amis. La bouteille à la mer est parvenue jusqu’à Felipe. Avant même notre départ, il nous a contacté et parlé du Colegio Etievan où il est luthier et enseigne la musique. Sans même nous connaître, Felipe a insisté pour que son école nous accueille, même pour trois jours. Nous sommes à nouveau en pleine période de rentrée scolaire ; les professeurs – on le comprend – sont réticents à accueillir des intervenants dès la première semaine de classe.

Felipe nous reçoit chez lui, on a l’impression de se connaître depuis longtemps. Le voyage est un extraordinaire accélérateur d’amitié ; sa maison, un paradis pour musicien. Entre les instruments venus des quatre coins du monde et les vinyles qu’il nous fait écouter. La passion de Felipe pour la musique est contagieuse. La complicité immédiate que nous avons avec lui nous accompagne pendant les trois jours de notre intervention.

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Peu importe si Peggy ne parle pas espagnol, Fred jouera les interprètes. Miles trouve enfin avec qui partager sa passion du foot. Les enfants débordent d’envie et d’énergie, soutenus par Bernardita, leur enseignante, qui chante et danse avec eux. Felipe sort sa flûte et la chanson du pingouin des Andes prend miraculeusement forme. Comme Pepe le pingouin, imaginé par les enfants, et qui rêve de voler comme un condor.

Premières notes du chapitre andin que nous nous apprêtons à entamer en compagnie de Dominique, la mère de Fred, arrivée en début de semaine au Chili. Nous coiffons le sombrero et partons à l’attaque des hautes altitudes, vers le nord du pays.

Valparaiso

Valparaiso

El niño que no juega no es niño, pero el hombre que no juega perdió, para siempre al niño que vivía en él y que le hará mucha falta.
Pablo Neruda

L’ombre du poète se projette sur Valparaiso depuis La Sebastiana, sa maison de lumière dont le salon s’ouvre sur la mer étincelante. Au-dessus, un ciel dépourvu de nuages. Au-dessous, la palette multicolore de la ville. Enchevêtrement de tôles, de rues sinueuses, maisons bigarrées, fresques gigantesques ou inscriptions délavées. L’invitation à la flânerie est permanente, on passe, puis on repasse en observant un détail qui, la première fois, nous avait échappé.

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D’une descente d’ascenseur, on arrive à la basse-ville qui grouille de bus, de taxis, d’étals de rue. On se frôle, on piétine, on fatigue, mais il suffit de gravir une nouvelle côte ou de reprendre un téléphérique pour retrouver l’air de la poésie qui s’est posée sur la cité. A l’image d’une rue transformée en toboggan ou de tous ces chiens, des centaines, qui dorment placidement à l’ombre des immeubles.
Valparaiso ne se raconte pas, elle est faite pour que l’on s’y perde. Dédale d’escaliers, de ruelles découvrant des fresques multicolores, œuvres anonymes d’artistes qui prolongent le jeu dans le moindre recoin. Miles court et fait rouler une petite voiture le long des murs. Nous le suivons avec la même curiosité d’enfant.

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Le soir, les collines s’illuminent et des clameurs montent. Les notes trainantes d’un tango, la mélodie isolée d’une cornemuse, quelques accords de guitare. La ville reprend son souffle, celui de la nuit qui tombe, de ses habitants qui sortent et prennent possession des bars sombres du jour. Les visages des fresques, les monstres dessinés deviennent des fantômes qui veillent la cité.

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Valparaiso, c’est aussi notre petite pension, tenue par Gilles, le Toulousain. Son accent chantant, dès le petit-déjeuner, pour nous suggérer le programme de la journée. « Ça va lui plaire au petit », répète-t-il sans cesse. Autour de la table du petit-déjeuner, on croise Yannick, le retraité breton qui passe six mois de l’année en Amérique latine. Un ami de Gilles, il revient presque tous les ans. Pauline, l’étudiante parisienne, venue étudier un semestre à l’Université catholique. On improvise un dîner de crêpes autour du réchaud de Yannick ; Miles joue avec Paul, le fils de Gilles, dans le patio. On échange les expériences de voyage, on affine le parcours des prochaines semaines. L’Amérique latine est un continent si grand qu’elle offre un infini de possibles. Et Valparaiso en est son port d’attache.

Nous avons fait le plein de beau, nous gonflons nos voiles vers le nord.

Happy 6

Happy 6

A l’heure où il fallait réserver nos billets d’avion de manière définitive, nous avions, au milieu des dates et des destinations abstraites que nous leur associions, choisi de passer une semaine à Wellington et d’y trouver une école où placer notre intervention. La logique aurait voulu que nous choisissions Auckland, bien plus grande que la petite capitale kiwi, et véritable plaque-tournante de la Nouvelle-Zélande. Mais le charme d’un voyage n’est-il pas d’effectuer des choix échappant à la raison ? Le détour que nous nous sommes imposés, sans le savoir, nous a conduits vers l’une des étapes les plus douces de notre voyage.

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Sans doute, le temps y joue pour beaucoup. Windy Welli arbore un ciel estival – sans vent – celui qui décoiffe la vile le reste de l’année. Le ciel est limpide, les voiliers scintillent au loin sur le détroit de Cook, surplombé par les collines verdoyantes, chargées de maisonnettes victoriennes. Les tenues sont légères, malgré un fond d’air frais, et les habitants de Wellington investissent les docs aménagés en un parc géant doré par les rayons de soleil. Les familles en poussette se font dépasser par les cyclistes et les joggers. Devant le musée national, Te Papa, un attroupement assiste à un spectacle de rue. Sur un ponton en contrebas, de jeunes Maoris se sèchent après avoir sauté d’une poutre qui surplombe la mer de plusieurs mètres. Nous flânons en fin de journée dans Cuba Street où les musiciens de rue se donnent la réplique, à quelques mètres de distance.

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La ville appelle à la flânerie, les journées s’enchaînent au rythme des rencontres, nous faisant rapidement oublier la petite déception de ne pas avoir pu trouver d’école pour nous accueillir. Bien que planifiée depuis longtemps, notre dernière semaine en Nouvelle-Zélande tombe sur la semaine de la rentrée, après les longues vacances d’été. Difficile d’accueillir des intervenants quand il s’agit de trouver un nouveau rythme pour l’année. Mais, c’est sans compter sur le dynamisme de Nathalie Buckrell, la directrice de l’Alliance française, et Florence Coram directrice de la section maternelle de l’école Otari qui nous accueillera le temps d’une matinée. Faute de pouvoir trouver de structure pour nous recevoir, toutes deux se plient en quatre pour nous permettre de continuer notre voyage en chanson. Nous intervenons donc devant les élèves des classes bilingues de l’Alliance. Une heure pour condenser notre intervention, c’est quasiment impossible, mais, en rusant, nous finissons par enregistrer des chœurs sur une chanson écrite pour l’occasion.

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A l’école Otari, nous sommes accueillis par le proviseur, Clifford, qui nous mène à travers les trois sections de son école : la section classique, calée sur le système traditionnel kiwi, la section Montessori et la section maorie. Justement, une soixantaine d’enfants sortent de leurs classes pour chanter, accompagnés de leurs instits maories. Nous ne sommes pas autorisés à filmer, pas de photos non plus. En Nouvelle-Zélande, on ne plaisante pas avec le droit à l’image et les enfants. Mais, il suffit de fermer les yeux et d’écouter pour imaginer les pas chorégraphiés qu’effectuent les enfants devant nous.


Wellington nous ravit d’autant plus qu’elle respire par la musique. Musique de rue – nous ne l’avions pratiquement pas rencontrée en Asie. Au détour d’un couloir venté de la gare de Wellington, une voix nous interpelle. C’est la longue plainte d’un gospel. A la fin de la chanson, on parle à l’homme. Il est sans-abri, sa femme dort quelques mètres plus loin, au soleil. On lui explique notre voyage, on lui demande si on peut le filmer. Il opine et nous offre quelques minutes de grâce.

 

Nos rendez-vous avec les artistes pour notre projet Deezer « A Little Music World Tour » s’enchaînent. Miles Calder and the Rumours nous offrent une magnifique reprise des Stones dans le salon de Miles. Tour Eiffel au mur, ambiance décontractée, tandis que le brouillard se dépose sur le Mont Victoria.
 

Bella, la diva maorie, nous ouvre son salon face à la mer et un chant traditionnel.
 

Soul, folk, ou reprise décalée du titre chamallow du dernier Disney « Frozen » par Matt Mulholland, le roi des reprises sur Youtube. Par tous, musiciens établis ou en devenir, nous sommes accueillis avec une simplicité et une gentillesse propre aux Néo-Zélandais. Difficile de vivre de la musique, les plus chanceux enchaînent les kilomètres pour honorer des dates à travers le pays, les autres font des boulots alimentaires. Les plus audacieux, comme Matt justement, tentent la voie de l’Europe pour émerger. Nous le croisons à la veille de son déménagement pour Londres, l’appartement en cartons. Il n’a jamais mis un pied en Europe, mais il espère percer en tant que comédien de stand up.
 

L’Europe, eldorado des jeunes Kiwis en quête de nouveaux espaces de création. Croisant les jeunes Européens, en quête d’un eldorado néo-zélandais, munis du fameux « Working Holiday Visa ». Quelques semaines de travail en ville ou de cueillette en campagne pour s’accorder quelques mois de nature et d’espace sur les routes néo-zélandaises. Nous les avions croisés sur l’île du sud, sur le bitume et dans les campings. Nous vivons à présent avec eux, dans l’auberge de jeunesse à laquelle nous sommes installés. Allemands ou Français pour la plupart. Travaillant beaucoup, mal rétribués par rapport aux salaires néo-zélandais habituels, mais ayant, sans doute, le sentiment d’être, le temps d’une année, maîtres de leur parcours. Les définitions de liberté se croisent, se frôlent, sans vraiment se rencontrer. Nous continuons de travailler à la nôtre au milieu de l’auberge de voyageurs qui se croisent, se parlent le temps d’un repas, puis disparaissent. Un goût de libertad pour nos deux derniers jours chez Nathalie, la directrice de l’Alliance, qui nous accueille très généreusement avec sa famille. Moments doux sur la plage avant de reprendre la route. Vers le Chili.

Something in the water

Something in the water

Notre road trip sur l’île du sud de la Nouvelle-Zélande, c’est, en chiffres :

-          3700 kilomètres de bitume avalés

-          3 jours de pluie

-          19 jours de soleil

-          80 œufs durs, 20 boîtes de thon et 7 de pois-chiche

-          2 soirées crêpes

-          80 hakas de Miles

-          22 dépliages et repliages de couchette

-          157 arrêts photos sur la route

-          7895 moutons

-          57 opossums écrasés

-          22 analyses statistiques détaillées de la Champion’s league 2013-2014

-          274 camping-cars Britz, 178 Apollo, 157 Kea, 28 Wendekreisen

-          2 queues de cachalots

-          55 dauphins

-          1 Super-Crêpeur

-          489 pages de Harry Potter

-          687 photos

-          24 faucons

-          8 vidanges d’eaux usées et 8 remplissages de la citerne

-          20 tablettes de chocolat Cadbury au lait

-          1 somptueux gigot d’agneau et sa ratatouille

-          6 bougies d’anniversaire

-          9426 spaghettis

-          25 otaries à fourrure

-          1 famille de Corses

-          2 baptêmes de parapente

-          420 tubes des années 80 à la radio

-          2 dépassements en descente de véhicules lents

-          307 Sand Flies écrasées

-          77 dépassements en virage par des chauffeurs néo-zélandais excédés par notre lenteur

-          44 Long Blacks

-          5 heures de rushs de routes qui défilent

-          1354 flashs de Japonais

C’est aussi l’immensité, la beauté et la poésie d’un pays dominé par sa nature. Mais difficile d’en tenir des statistiques précises.
On préfère déclarer notre flamme à travers une chanson et un film.

 

Over the rainbow

Over the rainbow

Sillonner l’île du sud, c’est comme dérouler une carte imaginaire sur laquelle ne comptent ni le nord ni le sud, ni le nombre de kilomètres parcourus, mais où l’on se laisse simplement guider par l’instinct du jour qui se lève, les lacets de bitume et la promesse de noms encore inconnus. Nous voyageons dans la beauté changeante, mais continue, des paysages, choisissant le bord d’une rivière ou d’un lac afin de poser notre camp du soir.

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La saison touristique bat son plein. On le remarque aux bus remplis de japonais qui se vident et se remplissent au rythme des clichés compulsifs aux différents View Points qui longent la route. Également au nombre de camping-cars que nous croisons, suscitant un jeu de voiture « Quelle société de location ? » que Miles remporte haut la main en criant la réponse dès qu’un van sort d’un virage.
Mais, les espaces sont tellement vastes que nous continuons de penser qu’ils nous appartiennent. Nous nous faisons l’impression de pionniers qui parcourent pour la première fois des territoires inexplorés. Comme depuis le haut du pic près de Queenstown, la Mecque des sports extrêmes, duquel nous nous élançons en parapente, sous les yeux de Miles.

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Il y a bien des tunnels de pluie qu’on voit apparaître au détour d’un col et qui nous cachent certaines merveilles qui ne resteront que des rêves de papier, comme le Fox Glacier ou la Golden Bay, plongés dans le brouillard. Il y a aussi les Sandflies, petits moucherons, qui, par leur nombre et l’intensité de leurs piqûres, finissent par faire passer les moustiques pour des enfants de chœur, nous obligeant à plusieurs reprises à nous retrancher dans notre cabine pour leur échapper.
On se gratte, beaucoup, longtemps, intensément, mais le paradis ne saurait être qualifié de tel sans quelques imperfections.
Surtout, notre enthousiasme ne pourrait pas être dissocié des rencontres qui jalonnent notre parcours de petits hasards et de poésie.
La gouaille joyeuse d’une famille de Corses que nous suivrons pendant deux jours le long du lac Wakatipu.

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Le goût de beurre salé des crêpes de Virginie et Sid, installés depuis quelques mois au bord de la route avec leur roulotte rouge.
La simplicité d’une soirée dans la famille franco-kiwi de Bruno et Debbie, et leurs enfants Louis, Margot et Hugo. Le contact nous avait été donné par Fred, le voyageur-musicien rencontré avant notre départ. Louis a mis ses plus beaux habits et nous attend dans la rue, un gigot d’agneau cuit depuis plusieurs heures au four. Bruno et Debbie ont voyagé, ils aiment recevoir et leur accueil, sur la seule foi d’une connaissance commune, nous étonne autant qu’il nous ravit. Après le dîner, nous regardons les séances d’entraînement de la descente aux Jeux Olympiques de Sotchi. Comme à la maison.
Over the rainbow
La chanson partagée avec Fred l’année dernière prend aujourd’hui tout son sens.


Comme ce parcours d’une quinzaine de kilomètres sur une voie en graviers vers la Gillespies Beach, entourés par une végétation luxuriante, sans savoir sur quoi aboutira le chemin.
La plage de galets est sauvage, ornée de souches aux formes mystérieuses ; le ressac est assourdissant et confirme notre sensation de bout du monde.
Sur le parking, au retour de la balade jusqu’au lagon, un homme s’accompagnant à la guitare.

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Nous l’écoutons, puis lui demandons s’il accepterait de nous chanter à nouveau sa chanson.
Mister Moon passe l’après-midi sur la plage en attendant un concert qu’il donne le soir dans la station de montagne voisine. Il appelle sa compagne, Grace, que nous avions aperçue avec sa robe rouge sur la plage. Tous deux improvisent un concert devant lequel s’installent les quelques voyageurs de passage.
En partant, ils nous remettent un CD et nous sourions devant son titre.
Songs for travelers.
Même au bout du monde, il n’y a pas de hasard.

 

L’autre bout du monde

L’autre bout du monde

Après quatre mois de voyage à travers l’Asie du sud-est, nous avions presqu’oublié que le sel d’un voyage autour du monde consistait dans ses ruptures. Celle imposée par notre arrivée en Nouvelle-Zélande nous l’a rappelé en à peine quarante-huit heures, le temps de se remettre du décalage horaire,  d’embarquer sur un vol vers l’île du sud, et de se retrouver en possession d’un camping-car de location qui nous accompagnera durant les trois prochaines semaines.
Déjà, nous avons dû réapprendre la pluie, celle qui tombe dru à notre arrivée sur Wellington. Le froid, pénétrant, dont nous avions oublié les sensations. Les prix occidentaux, également, lors d’une nuit d’hôtel improvisée.

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Nous devons surtout apprendre à vivre dans notre cabine de 5 m². On se frôle, on se cogne, on défait, on refait sans cesse. On range, en permanence, car le désordre est l’ennemi du manque d’espace. Nous expérimentons une nouvelle intimité : la promiscuité.  Nouvelles odeurs, nouveaux réflexes  à trouver, au risque que le ciel nous tombe sur la tête. Miles dort désormais au-dessus de nous.  On réfléchit sans cesse. Droite, gauche. A l’autre bout du monde, tout est inversé, les volants, les pommeaux de vitesse et même les clignotants.

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Mais face au souci de retrouver des marques dans le nouveau déséquilibre,  l’autre bout du monde offre l’infini de la liberté.
Celle de manger des fruits d’été, prunes, pêches, abricots, en plein mois de janvier.
Celle de choisir si l’on préfère dormir sur les rivages d’une baie, au bord d’un lac ou à l’abri d’une forêt.
Celle de passer en l’espace de quelques heures d’un paysage marin à des sommets enneigés.
Celle de regarder dans un ciel clair d’été un défilé d’étoiles filantes.
Celle pour Miles de pouvoir fêter ses six ans par une journée d’été, à jouer au rugby dans son maillot des All Blacks.
Le reste, la beauté, l’immensité, ne s’écrivent pas, ils se chantent.

On dit qu’il y fait toujours beau,
C’est là que migrent les oiseaux,
On dit ça, de l’autre bout du monde.
Emily Loizeau

Comme Dave qui continue de rocker dans son monde un peu à part. Nous l’avons rencontré dans la cuisine collective du camping où il réside à l’année. Il nous aborde en nous entendant parler français. Il nous parle de ses années sur le pavé parisien à reprendre les succès de Dylan et Cat Stevens. Alors que nous installons notre campement de nuit, il réapparaît, bière à la main, dans l’obscurité pour nous faire écouter son CD, hommage au quartier latin. Sa vie semble être à l’image de son récit, un peu décousue.

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Difficile de savoir s’il est effectivement l’auteur de centaines de chansons, comme il l’affirme, s’il est producteur de musique. Nous repensons à ce formidable documentaire Sugarman sur Sixto Rodriguez, chanteur boudé par le public américain, mais adulé, à son insu, du public sud-africain. « I’m the New Zealand Sugar Man », lance Dave au milieu de la nuit tombée. Il a visiblement eu vent de l’histoire depuis son camping et s’identifie parfaitement à l’image de chanteur de génie méconnu. On convient de se retrouver le lendemain pour l’enregistrer.
Rockin’ in the free world.