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Au milieu coule une rivière

Au milieu coule une rivière

Nous passons la frontière septentrionale de la Thaïlande à bord d’une pirogue. Traversée mythique du Mékong, large bande brune, qui parcourt le Laos du nord au sud.
De l’autre côté de la rive, changement radical d’ambiance. Nous quittons l’autoroute du tourisme pour une nationale. Avec ses charmes et ses aléas.
Les distances ont beau être courtes sur le papier, nous comprenons rapidement, tandis que nous nous enfonçons sur les routes sinueuses du nord du pays, qu’il faut oublier nos repères temporels. Ici, cent kilomètres se parcourent en quatre heures, au milieu des laotiens qui se tassent à l’arrière du bus pour laisser un semblant de confort aux touristes occidentaux. Les routes sont parfois bonnes, souvent mauvaises, le chauffeur distribue élégamment des petits sacs en plastique aux passagers avant de débuter le trajet. Difficile dès lors d’apprécier pleinement la beauté des décors, succession de crêtes habillées d’une jungle dense et vierge de toute présence humaine, hormis quelques villages isolés.
Les trajets sont de véritables aventures, au cours desquelles la proximité subie nous laisse le sentiment de partager un moment de vie avec nos compagnons d’infortune.

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Entre voyageurs, on lie facilement conversation pour commenter ou essayer de comprendre les spécificités du transport routier. Comme cet arrêt au milieu de nulle part à attendre un autre bus dans lequel nous devrons, sans plus d’explications, tous monter pour terminer les vingt minutes de trajet. Ou cette matinée à attendre le bus de huit heures qui ne partira qu’à midi, afin de le remplir de suffisamment de passagers.
Hasard ou coïncidence, nous ne rencontrons presque que des voyageurs au long cours. Faire un tour du monde relève visiblement, dans l’espace-temps laotien, de la banalité. Nous retrouvons Anke et Laurent à la frontière. Nous rencontrons Dave, le britannique, puis le revoyons quelques heures plus tard après l’avoir laissé à l’arrêt de bus de Luang Namtha. Il semblerait qu’entre-temps il ait fait connaissance de tous les autres touristes de la ville qu’il appelle tous par leurs prénoms et invite rejoindre notre table. Nous faisons un bout de chemin avec Maryline et David, partis un mois après nous, puis les perdons de vue au village de Nong Khiew. Nous croisons la route de Paul, dépassé en bus le matin sur son vélo couché, puis retrouvé dans l’unique artère de Oudomxai, carrefour sans âme des routes du nord. Il est parti il y a sept mois de Lyon, en vélo, et projette d’arriver au Pérou dans un an et demi. Nous parlons à Julie et Guillaume qui, leurs études terminées, ont pris leur sac à dos pour faire le tour du monde dont ils rêvaient depuis trois ans.

Enfants Laos
Au milieu de tous ces profils de voyageurs, Miles apporte une petite touche exotique. Nous nous en apercevons dans les villages que nous traversons. A quelques kilomètres de Nong Khiew, après avoir suivi sur plusieurs kilomètres un chemin de terre, un groupe d’enfant surgit de nulle part, nous apportant des fleurs et des oranges cueillies au bord de la route. Nous jouons avec eux au bord de la rivière, les regardant avec envie se jeter dans l’eau. Dans le village, un paysan se propose de nous faire visiter l’école. Il voudrait nous raccompagner en bateau jusqu’à notre village; nous refusons, nous avons laissé nos vélos au bord de la route.

Miles Laos

 

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Car nous nous laissons porter par cette tranquillité laotienne, celle décrite par les guides et tous ceux que nous rencontrons.
Elle nous porte encore le long de la rivière Nam-Ou que nous suivons dans une barque au milieu de décors spectaculaires, au fil des rapides, avant de retrouver le Mékong, toujours aussi brun et large, et la ville de Luang Prabang, prochaine étape de notre voyage laotien.

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