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Alors on danse

Alors on danse

Pour notre dernière semaine asiatique, nous avons choisi les îles du sud de la Thaïlande. Promesse de carte postale, eaux turquoise, sable blanc et cocotiers pour réfléchir en toute sérénité au bilan de mi-parcours, de fin de continent.
Notre idéal de robinsonnade s’écroule dès la sortie du train de nuit, à l’embarcadère. La navette engouffre progressivement des cars entiers de backpackers, la vingtaine arrogante, peaux hâlées et tatouages qui se découvrent sans complexes sous les t-shirts aux couleurs agressives. Nous sommes l’avant-veille de la pleine lune et la jeunesse routarde débarque massivement sur l’île de Koh Phangan pour la Full Moon Party, fête géante à ciel ouvert sur une des plages du sud. Personne ne sait vraiment de quand date la tradition, probablement une vingtaine d’années, mais le bouche à oreille est devenu mondial et le secret subversif des premières années s’est éventé. On vient donc pour bronzer, danser, et boire aussi, en quantité. Pleine lune ou pas, la fête se répète invariablement tous les soirs, au gré des thèmes imposés. Pool party, Pirate party, Sexy party.

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Dès l’arrivée sur l’île, nous nous séparons de nos compagnons de traversée pour gagner le nord de l’île, plus sauvage. La plage sur laquelle nous sommes est en effet magnifique, une langue de sable nous sépare d’un îlot de jungle  sur lequel se couche le soleil. Et pourtant, nous ne parvenons pas à apprécier pleinement le décor, tant l’île semble s’être abandonnée à un tourisme massif, grignotant le moindre mètre sauvage de côte de bungalows identiques. Les touristes croisés plus tôt le matin arpentent à présent les lacets de bitume, Ray Ban sur le nez et cheveux au vent. Un groupe d’écoliers croisés sur la route nous surprend. On finit par oublier que les Thaïs habitent l’île, mais, semble-t-il, ils travaillent tous au service des touristes. Hôtels, restaurants, supérettes et magasins de t-shirts fluorescents s’alignent sans interruption sur plusieurs kilomètres que nous suivons, oubliant presque les panoramas sur les baies paradisiaques. Nous arrivons à la plage de la Full Moon. Il est midi, les corps fatigués de la fête de la veille se réveillent au son des basses d’enceintes braquées sur le sable et se délassent dans les vagues. Afin de mieux se préparer pour la prochaine soirée.

Qui dit fatigue, dit réveil
Encore sourd de la veille
Alors, on sort pour oublier tous les problèmes.
Alors on danse.


Hymne d’une jeunesse mondialisée, étrangement uniforme, dont nous nous sentons coupés, sans savoir si à l’origine de ce sentiment, ce sont nos années  qui passent ou bien les temps qui changent.
Le malaise ne nous quittera qu’en arrivant à Koh-Tao, l’île de la tortue. Plus petite, mais au tourisme plus varié. Ici, ce sont les fonds marins qui attirent les plongeurs du monde entier.  Même si, là encore, l’intensité de l’exploitation – nous sommes au cœur de la saison touristique – n’est pas sans laisser de traces. Les fonds coralliens que nous explorons à proximité immédiate de l’île sont souvent un cimetière gris d’où émergent  par endroits des chaussures en plastique égarées.

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Voilà peut-être résumés les excès de l’exploitation de l’incroyable richesse que nous avons pu constater pendant les cinq mois de notre parcours asiatique. La beauté, la simplicité de voyager, le coût de la vie sans aucun rapport avec les prix que nous connaissons en Europe, conduisent à une utilisation outrancière des ressources, au mépris de l’impact écologique, de la préservation du patrimoine, et de l’identité culturelle des pays. Or, notre exigence de voyageurs s’affine, nous vivons de plus en plus difficilement le divorce entre notre envie de découvrir vrai et la réalité parfois dérangeante du tourisme accessible à notre bourse. Sans pouvoir pour autant résoudre l’équation du tourisme mondialisé et sans vouloir surtout nous poser au-dessus de la mêlée dont nous faisons naturellement partie.

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Toute la semaine, nous vivons, comme les Thaïs, devant leurs écrans de télévision retransmettant les manifestations de Bangkok, au rythme des évènements qui animent la vie du pays. Espérant égoïstement que le conflit ne dégénère pas au point de bloquer notre départ lundi de Bangkok.  Situation trouble, complexe, pauvrement rapportée par les médias français. Il nous semble que les Thaïs avec lesquels nous en parlons sont majoritairement en faveur de l’opposition qui refuse le prochain scrutin législatif. Une réalité politique fragile, où la corruption s’oppose aux revendications démocratiques grandissantes. Face à une croissance économique qui ne semble pas encore connaître ses limites. Le constat vaut pour tous les pays que nous avons traversés jusqu’ici.

Nous tournons avec l’Asie une page riche, intense, souvent merveilleuse, parfois mélancolique de notre périple, nous abordons le changement d’horizons avec une réelle impatience et soif de nouveauté. Rendez-vous depuis l’été austral de Nouvelle-Zélande pour un nouveau chapitre de notre voyage.

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