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A la poursuite de l’Eden

A la poursuite de l’Eden

Il aura fallu mettre Ubud, la capitale culturelle de Bali, nouvelle artère de tourisme de masse,  et aborder les contreforts de la montagne pour enfin apercevoir un peu de la vraie nature de Bali. Jusque-là, difficile de savoir ce qui relève de la véritable tradition ou de l’attraction pour touristes. Miles résiste cependant aux sollicitations d’un « No, thank you » très décidé, dès qu’on nous propose un taxi ou un massage.

munduk_montagnes

A Munduk, dans les montagnes, l’air est plus frais, la densité des touristes (presque que des Français) est beaucoup plus vivable. Notre Guest House offre une vue à couper le souffle sur les  vallons qui s’ouvrent sur la mer, visible par beau temps.

Végétation luxuriante, population curieuse et souriante, nous faisons découvrir à Miles les joies de la randonnée. L’une d’entre elles nous mène à un banian, un arbre sacré, le plus ancien et le plus grand de Bali. Son âge est estimé à huit-cents ans.  Lorsque nous y parvenons, nous constatons qu’il s’est effondré à mi-hauteur. Le temple voisin a été partiellement détruit. L’arbre n’en demeure pas moins impressionnant. Poids trop important ? Âge trop avancé ?  Un guide indonésien que nous interrogeons sur les raisons de la chute nous avance son sentiment : les dieux qui habitaient l’arbre ont voulu signifier quelque chose. Sinon, l’arbre ne serait pas tombé sur le temple.  Évoque-t-il le tourisme qui atteint désormais cette partie de l’île ? Il n’en dira pas plus.

 

banian

 

Au retour, nous allons chez le voisin de notre Guest House. Made Terip est un maître gamelan. Comme son père qui lui a appris à jouer dès l’âge de cinq ans. Il nous reçoit dans sa demeure familiale, au milieu des chiens, des chats, des poules,  des oiseaux et d’un singe en cage qui tourne interminablement. Un magnifique gamelan trône sous l’auvent. Il se l’achète morceau par morceau, avec les cachets de ses concerts en Europe. Car, sans en avoir l’air, Made Terip est une star du gamelan, il a même enseigné son art en France.
Il aura d’ailleurs fallu que nous négociions de longues minutes avec le maître, son cousin et son fils, lors de notre première visite, deux jours auparavant.  Pas de musique si nous ne versions pas au moins huit millions de roupies (environ cinq cents euros). Il faut payer les joueurs de gamelan qu’il fait venir spécialement, les danseuses, les costumes. Nous tentons de lui expliquer, moyennant la traduction du cousin, que notre objectif est plus modeste et que notre démarche exclut les rapports d’argent. Il finit par consentir à nous jouer de son gamelan en bambou, le surlendemain. Le jour même, il y a un mariage à Munduk et il doit jouer au temple.

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Dans la cour, au milieu des aboiements, Made Terip nous montre en quelques minutes comment il fabrique lui-même son gamelan. Le geste est précis, quelques coups secs de hachette pour sectionner le bambou, l’oreille sûre.  Un de ses trois fils apporte le gamelan du maître qui nous propose deux morceaux, accompagné de son fils et de son neveu. Made Terip est un autodidacte, il ne sait pas écrire la musique, il compose, inspiré par les esprits, et dicte à ses musiciens leur partition.

Made Terip


Nous quittons Made Terip et les montagnes pour retourner sur la côte. Amed, autre petit coin de paradis, encore préservé du tourisme de masse est un lieu privilégié de snorkeling, avec des fonds de coraux sublimes, dont nous profitons pendant deux jours avant d’aborder notre dernière semaine indonésienne.

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